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Les troubles psychiques chez les jeunes au cœur du programme de recherche de l’AI

Les jeunes souffrant de troubles psychiques occupent une place croissante dans l’assurance-invalidité. Des projets de recherche ciblés posent des bases pour tenter de prévenir l’invalidisation précoce.
Frédéric Widmer
  |  12 mars 2026
    Recherche et statistique
  • Assurance-invalidité
De plus en plus de mineurs atteints de troubles du spectre de l’autisme reçoivent des prestations de l’assurance-invalidité. (Alamy)

En un coup d’œil

  • La forte croissance des rentes chez les jeunes de 18 à 29 ans est imputable aux troubles psychiques.
  • De plus en plus de prestations de l’assurance-invalidité sont octroyées aux familles avec enfants handicapés, en particulier à celles de mineurs atteints de troubles du spectre de l’autisme.
  • Trois mandats de recherche actuellement en cours visent à comprendre les mécanismes d’invalidisation et l’efficacité des prestations existantes.

Depuis plus d’une décennie, les enfants, adolescents et jeunes adultes atteints de troubles psychiques constituent un groupe cible prioritaire de l’assurance-invalidité (AI). Cette priorité s’explique à la fois par l’évolution préoccupante des indicateurs statistiques, par la précocité d’apparition des troubles psychiques et par les conséquences à long terme qu’une invalidisation précoce peut avoir sur les parcours de vie, la participation sociale et les finances publiques. Un jeune bénéficiaire de rente AI est en effet susceptible de percevoir des prestations durant plusieurs décennies, ce qui rend déterminants les mécanismes de détection et d’intervention précoces par l’AI et par ses partenaires en amont. Les principaux constats empiriques concernant les jeunes atteints de troubles psychiques dans le champ de l’AI ont conduit au lancement de nouveaux projets de recherche ciblés dans le cadre du Programme de recherche de l’assurance-invalidité (PR-AI). Le rôle de la recherche consiste notamment à fournir des bases scientifiques pour l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) et la politique.

Trois groupes distincts sont actuellement analysés par la recherche :

  • les jeunes rentiers AI atteints de troubles psychiques ;
  • les mineurs atteints de troubles du spectre de l’autisme (TSA) ;
  • les familles avec enfants handicapés.

L’étude de ces groupes permet d’éclairer différentes facettes d’une même problématique : l’augmentation et la transformation des besoins de soutien liés aux troubles psychiques chez les jeunes.

Plus de jeunes rentiers avec troubles psychiques

Les jeunes rentiers (18 – 29 ans) sont de plus en plus nombreux au sein de l’ensemble des bénéficiaires de rentes AI. Ils étaient 24 000 en 2024, un nombre relativement restreint par rapport aux 203 280 rentiers de 30 à 64 ans la même année, mais leur part relative a fortement augmenté, passant d’environ 6,6 % des rentiers à 10.6 % en seize ans. Près de 4000 nouvelles rentes ont été versées pour ce groupe en 2024. Entre 2008 et 2024, le taux de croissance des nouvelles rentes pour les jeunes s’élève à 54 %, alors que la croissance démographique de cette catégorie d’âge n’a été que de 6 %. Cette évolution diffère de celle observée chez les 30-64 ans, dont les nouvelles rentes ont d’abord fortement chuté avant de repartir à la hausse et de rejoindre la courbe de croissance démographique de la même catégorie d’âge en 2024 (graphique 1).

Par ailleurs, il ressort clairement que la croissance des rentes chez les jeunes est exclusivement imputable aux troubles psychiques. Entre 2008 et 2023, le nombre de jeunes rentiers AI présentant une atteinte psychique a augmenté d’environ 80 %, alors que les rentes liées à d’autres types d’atteintes à la santé sont restées stables. Le nombre de nouvelles rentes liées à des maladies psychiques a augmenté à presque 3000 en 2023 et 2024, alors qu’il est resté stable autour de 1000 pour les autres atteintes à la santé (graphique 2).

Une étude en cours du PR-AI vise à analyser le parcours de réadaptation et le profil des jeunes bénéficiaires de rente AI atteints de maladies psychiques. Elle cherche également à identifier les facteurs susceptibles d’avoir contribué à l’attribution d’une rente invalidité. D’autre part, les analyses doivent fournir des informations sur les mesures prises par l’AI ainsi que par d’autres institutions et acteurs avant l’octroi de la rente afin d’obtenir des indications sur des mesures et interventions nécessaires. Les résultats seront comparés avec ceux d’une recherche publiée en 2015 (Baer et al., 2015).

Mineurs atteints de TSA en augmentation

Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) constituent un trouble neurodéveloppemental qui occupe une place croissante dans le champ de l’AI. Sur le plan épidémiologique, la prévalence des TSA est estimée à plus de 1 % dans les sociétés occidentales, avec une augmentation largement attribuée à l’amélioration du repérage et du diagnostic, en particulier pour les formes moins sévères (Genovese et al., 2020).

Les analyses statistiques montrent une croissance extrêmement rapide du nombre de mineurs atteints de TSA bénéficiant de prestations de l’AI. En 2024, 12 481 mineurs atteints de TSA percevaient au moins une mesure de l’AI, le plus souvent une mesure médicale. Ce chiffre est le résultat d’un taux de croissance de 348 % entre 2015 et 2024 alors que la population du même âge n’a augmenté que de 8 % durant la même période (graphique 3).

Les cas de TSA parmi les bénéficiaires mineurs d’une allocation pour impotence (API) sont passés de 934 à 5662 entre 2015 et 2024 (taux de croissance : 506 %). Les TSA représentent désormais plus de 40 % de l’ensemble des bénéficiaires mineurs de cette prestation.

La littérature souligne l’importance des comorbidités dans les TSA : la grande majorité des enfants concernés présentent au moins deux troubles associés, tels que des troubles de l’attention, du langage ou de la coordination motrice (Thommen, 2019). Ces caractéristiques complexifient la prise en charge et renforcent la nécessité d’une coordination étroite entre les acteurs médicaux, éducatifs et sociaux. Un consensus scientifique fort se dégage en faveur des interventions précoces intensives pour l’autisme infantile (Liesen et al., 2019). Les revues systématiques et méta-analyses montrent que ces interventions améliorent significativement la situation des enfants et la qualité de vie des familles, tout en réduisant les coûts à long terme liés à la scolarisation spécialisée et à la prise en charge institutionnelle. Ces constats ont motivé des investissements importants de l’AI et des cantons dans le développement de centres d’intervention précoce intensive.

Dans ce contexte, un projet en cours du PR-AI a été lancé avec deux objectifs : 

  • analyser le parcours actuel des enfants atteints de TSA remplissant les critères d’admission aux centres d’intervention précoce intensive (IPI) mais n’y ayant pas participé ; le but visé est de disposer d’un point de comparaison pour de futures évaluations d’impact des centres IPI ;
  • analyser les parcours des jeunes atteints de TSA (tous types confondus), en particulier le parcours scolaire et de formation, leur insertion professionnelle et les mesures de soutien reçues des cantons et de l’AI, ainsi que les obstacles à l’insertion professionnelle et à une vie autonome.

Enfants handicapés : des prestations adaptées ?

Les analyses consacrées aux familles avec enfants handicapés mettent également en évidence une augmentation marquée du nombre de bénéficiaires mineurs de certaines prestations de l’AI, en particulier l’allocation pour impotent. Cette croissance, largement supérieure à la croissance démographique, est essentiellement due aux bénéficiaires sans supplément pour soins intenses et s’est accélérée à partir de 2017 (graphique 4).

La littérature et les analyses statistiques soulignent la complexité du système de prestations et la superposition de différentes formes de soutien, financées par l’AI, l’assurance-maladie et les cantons. Les besoins des familles dépassent souvent la seule prise en charge médicale et incluent des dimensions de surveillance, d’accompagnement et de coordination, particulièrement exigeantes lorsque l’enfant présente un trouble psychique ou neurodéveloppemental. Les travaux existants montrent que, malgré l’importance des prestations versées, il subsiste des incertitudes quant à l’adéquation entre les besoins effectifs des familles et la couverture financière assurée par le système.

Ces constats sont particulièrement pertinents dans un contexte où les politiques publiques mettent de plus en plus l’accent sur le maintien à domicile et l’autonomie, y compris pour les enfants et les jeunes en situation de handicap. Un mandat en cours du PR-AI vise précisément à mieux comprendre la situation financière et les besoins de ces familles, en se basant à la fois sur le croisement de nombreuses données statistiques secondaires et sur une enquête représentative auprès des familles concernées. Il s’agit en particulier d’analyser le degré de couverture des coûts liés au handicap, et d’examiner si les prestations de l’AI sont adaptées aux besoins des familles.

Des analyses internes aux mandats de recherche

Les analyses statistiques et les enseignements issus de la littérature convergent vers un constat clair : les enfants, adolescents et jeunes adultes atteints de troubles psychiques constituent un groupe en forte croissance au sein de l’assurance-invalidité, avec des besoins complexes et des enjeux à long terme considérables. L’augmentation des rentes chez les jeunes, la progression rapide de bénéficiaires mineurs de prestations atteints de TSA et les besoins des familles avec enfants handicapés appellent une meilleure compréhension des parcours, des mécanismes d’invalidisation et de l’efficacité des prestations existantes. Les trois mandats en cours dans le cadre du PR-AI (jeunes rentiers AI, TSA et familles avec enfants handicapés) visent à fournir des bases empiriques solides afin de soutenir l’AI et les cantons dans le renforcement de la prévention de l’invalidisation précoce chez les jeunes atteints de troubles psychiques. Leurs résultats seront publiés entre fin 2026 et mi-2027.

Bibliographie

Baer, Niklas ; Altwicker-Hàmori, Szilvia ; Juvalta, Sibylle ; Frick, Ulrich ; Rüesch, Peter (2015). Profile von jungen IV-Neurentenbeziehenden mit psychischen Krankheiten ; étude mandatée par l’OFAS.  Aspects de la sécurité sociale. Rapport de recherche n° 19/15.

Genovese Ann ; Butler Merlin G. (2020). Clinical Assessment, Genetics, and Treatment Approaches in Autism Spectrum Disorder (ASD).

Liesen, Christian, Krieger Beate, Becker Heidrun (2019). Evaluation der Wirksamkeit der intensiven Frühinterventionsmethoden bei frühkindlichem Autismus; étude mandatée par l’OFAS. Aspects de la sécurité sociale. Rapport de recherche n° 9/18.

Thommen, Evelyne (2019). Quelques réflexions actuelles sur l’autisme. Sécurité sociale CHSS, février.

Coresponsable du Programme de recherche sur l’assurance-invalidité, secteur Recherche et évaluation, Office fédéral des assurances sociales (OFAS)
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