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Temps partiel : les modèles surobligatoires améliorent la prévoyance professionnelle

L’augmentation du travail à temps partiel pose de nouveaux défis pour la prévoyance professionnelle. Les modèles surobligatoires, notamment ceux qui appliquent une déduction de coordination basée sur le taux d’occupation, jouent donc un rôle important.
Michael Lauener
  |  10 février 2026
    Droit et politiqueOpinion
  • Prévoyance professionnelle
  • travail
Près de 40 % des personnes actives en Suisse travaillent à temps partiel, parmi lesquelles beaucoup de femmes. (Keystone)

En un coup d’œil

  • Le travail à temps partiel a augmenté ces dernières années : il concerne actuellement près de 40 % des personnes exerçant une activité lucrative, dont certaines cumulent plusieurs emplois.
  • Dans la LPP, il n’est pas possible d’abaisser le seuil d’entrée et la déduction de coordination sans réduire simultanément le taux de conversion.
  • Tant qu’aucune solution légale n’a été trouvée, les institutions de prévoyance, les employeurs et les partenaires sociaux doivent recourir au régime surobligatoire pour garantir une bonne couverture aux personnes cumulant plusieurs emplois, travaillant à temps partiel ou touchant un salaire modeste.

En Suisse, près de 40 % des personnes exerçant une activité lucrative travaillent à temps partiel, c’est-à-dire à un taux inférieur à 90 %. Ces personnes se distinguent nettement les unes des autres par leur âge, leur sexe et leur profession. D’autre part, elles sont particulièrement nombreuses à cumuler plusieurs emplois : c’est le cas de 15 % d’entre elles, contre seulement 4 % des personnes travaillant à temps plein (Perrenoud 2025 ; Riemer-Kafka et Pfiffner Rauber 2024, p. 302).

Lors de la première révision de la loi fédérale sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (LPP) en 2005, le Conseil fédéral cherchait déjà à améliorer la couverture des personnes travaillant à temps partiel ou cumulant plusieurs emplois (Conseil fédéral 2025, p. 6-10). La réforme de la LPP refusée par le peuple en automne 2024 prévoyait elle aussi d’abaisser la déduction de coordination pour élargir le cercle des assurés (Swisscanto 2025, p. 34 ; voir aussi Müller-Brunner et Lauener 2024, p. 41). Quatre motions sont par ailleurs en cours de traitement au Parlement : celles de la conseillère aux États PS Flavia Wasserfallen, de la conseillère nationale PS Samira Marti, du conseiller national PLR Cyril Aellen et de la conseillère aux États PLR Johanna Gapany. En se référant au seuil d’entrée dans la LPP, toutes demandent de réduire la déduction de coordination prévue par la loi afin d’améliorer la situation des travailleurs à temps partiel et des personnes cumulant plusieurs emplois.

Travail à temps partiel très répandu

Actuellement, près de 1,9 million de personnes travaillent à temps partiel, soit 38,4 % de la population suisse (voir graphique 1). La grande majorité (1,3 million) sont des femmes (Perrenoud 2025 ; voir aussi Riemer-Kafka et Pfiffner Rauber 2024, p. 303-306 ; Tidow et Höhn 2016, p. 53).

Conséquences pour la prévoyance professionnelle

Tout comme les travailleurs à plein temps, les personnes exerçant une activité à temps partiel ou cumulant plusieurs emplois sont obligatoirement assurées dans le 2e pilier lorsqu’elles remplissent les conditions légales (art. 2 et 7 s. LPP ; art. 1j, al. 1, let. c, OPP 2 ; voir aussi Müller-Brunner et Lauener 2024, p. 39 s.).

Les trois exemples ci-après permettent d’illustrer les effets de la réglementation actuelle. Imaginons que trois personnes gagnent chacune 60 000 francs par an (voir Conseil fédéral 2025, p. 10).

Alors que la personne A n’a qu’un seul employeur, la personne B en a deux, auprès desquels elle gagne respectivement 40 000 francs (activité principale) et 20 000 francs (activité accessoire). La personne C travaille quant à elle pour trois employeurs, qui lui versent chacun un salaire de 20 000 francs.

Bien que ces trois personnes gagnent chacune 60 000 francs au total, elles ne sont pas traitées de la même manière dans le 2e pilier. Pour la personne A, le salaire coordonné s’élève à 33 540 francs. La personne B n’est assurée que pour son activité principale, avec un salaire coordonné de 13 540 francs. Quant à la personne C, elle n’est pas du tout assurée à titre obligatoire, car elle n’atteint le seuil d’entrée pour aucun de ses trois emplois.

Les salaires annuels identiques de ces trois personnes sont donc assurés de manière différente, voire pas du tout, dans le régime obligatoire LPP ; ainsi, l’objectif du 2e pilier en matière de prestations (art. 1, al. 1, LPP) n’est pas atteint pour la personne C.

Déduction de coordination et seuil d’entrée réduits ?

Actuellement, 80 % des personnes cumulant plusieurs emplois sont obligatoirement assurées dans le 2e pilier pour leur activité principale. Ce pourcentage atteint 90 % chez les hommes, alors qu’il n’est que de 73 % chez les femmes (Conseil fédéral 2025, p. 12). Pour améliorer la prévoyance professionnelle de ces personnes, le Conseil fédéral propose d’abaisser la déduction de coordination et le seuil d’entrée dans la LPP ainsi que de supprimer la distinction entre activité principale et accessoire.

La déduction de coordination ne serait toutefois pas réduite uniquement pour les personnes travaillant à temps partiel ou cumulant plusieurs emplois, mais devrait impérativement l’être aussi pour celles occupées à plein temps ; en d’autres termes, le régime obligatoire LPP serait étendu pour tous les assurés. Comme le souligne à juste titre le Conseil fédéral, une telle extension ne pourrait pas être financée sans réduire simultanément le taux de conversion LPP, qui est encore trop élevé. Sans cela, « [l]es distorsions qui en résulteraient, notamment le subventionnement croisé des bénéficiaires de rentes par les assurés actifs, seraient également accentuées » (Conseil fédéral 2025, p. 37).

Une solution pragmatique s’impose

Une adaptation des dispositions légales relatives aux cotisations et aux prestations (abaissement de la déduction de coordination, du seuil d’entrée et du taux de conversion) semble donc actuellement peu réaliste sur le plan politique. L’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP) en est convaincue : c’est aux institutions de prévoyance, aux employeurs et aux partenaires sociaux qu’il revient de garantir, grâce à des modèles surobligatoires, que les personnes cumulant plusieurs activités, travaillant à temps partiel ou touchant un salaire modeste soient également assurées dans le 2e pilier.

La marge de manœuvre offerte par le régime surobligatoire est l’une des plus grandes forces de la prévoyance professionnelle. Sa souplesse permet de tenir compte des spécificités propres à certaines branches, des besoins individuels des assurés ou encore des conventions collectives de travail.

Les statistiques et les exemples tirés de la pratique montrent que de nombreux assurés profitent déjà du régime surobligatoire. En 2020, 253 institutions de prévoyance proposaient par exemple des plans de prévoyance avec un seuil d’entrée inférieur au seuil légal. Environ 16 % des assurés actifs sont couverts par de tels plans (Lüscher et von Wyl 2025).

Déduction de coordination plus flexible

Un nombre croissant d’institutions de prévoyance tiennent compte du taux d’occupation dans le calcul de la déduction de coordination. Pour ce faire, elles recourent à différents modèles. La caisse de pension de la Fédération suisse des avocats (voir règlement de prévoyance et annexe) ainsi que la caisse de pension BVK, par exemple, adaptent la déduction de coordination au taux d’occupation, mais sans corriger le taux de conversion (pour la BVK, voir aussi Osterwalder 2019, p. 50 s.). Quant à elle, la caisse de pension du centre hospitalier cantonal de Bellinzone (Fondo di Previdenza per il Personale dell’Ente Ospedaliero Cantonale) couvre le salaire annuel sans appliquer de déduction de coordination, mais seulement « entre un montant minimal et un montant maximal qui sont définis par le conseil de fondation et peuvent être modifiés par ce dernier » (Riemer-Kafka et Pfiffner Rauber 2024, p. 306 ; traduction libre).

Ces dernières années, la part d’institutions de prévoyance appliquant uniquement une déduction de coordination fixe conformément à la LPP a diminué ; en 2024, elle est descendue pour la première fois en dessous de 10 % (voir graphique 2).

Tant que le débat politique n’aboutit pas à un abaissement du seuil d’entrée, de la déduction de coordination et du taux de conversion, les institutions de prévoyance peuvent couvrir les besoins de leurs assurés en réduisant le seuil d’entrée, en adaptant la déduction de coordination ou en augmentant le salaire coordonné minimal dans leurs règlements de prévoyance (voir aussi Conseil fédéral 2025, p. 37 s.).

Les statistiques et divers exemples notables tirés de la pratique montrent que ce principe est bien ancré dans le 2e pilier et qu’il est appliqué efficacement. Une intervention du législateur n’est donc pas nécessaire.

Bibliographie

Conseil fédéral (2025). Améliorer la situation vis-à-vis du deuxième pilier des personnes cumulant plusieurs emplois. Rapport du Conseil fédéral donnant suite au postulat 23.4168 Rechsteiner du 28 septembre 2023.

Lüscher, Arianna ; von Wyl, Astrid (2025). Comment améliorer la prévoyance professionnelle des salariés travaillant pour plusieurs employeurs ? Sécurité sociale CHSS, 22 octobre 2025.

Müller-Brunner, Lukas ; Lauener, Michael (2024). Auswirkungen der Teilzeitarbeit auf Vorsorgelücken. Expert Focus 2024/1, p. 38-42.

OFS (2025). Enquête suisse sur la population active (ESPA), 17 juillet 2025.

Osterwalder, Martin (2019). Versicherung von Teilzeit- und Mehrfacharbeitsverhältnissen. Prévoyance Professionelle Suisse 2019/6, p. 50 s.

Perrenoud, Silvia (2025). Toujours plus de temps partiels, avec des différences marquées. Sécurité sociale CHSS, 8 décembre 2025.

Docteur ès lettres et responsable juridique de l’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP)
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