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Jeunes et médias sociaux : un accès adapté à l’âge plutôt qu’une interdiction

La Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) estime qu’une interdiction générale des médias sociaux serait inefficace et restreindrait le droit à l’information, à l’éducation et à la participation. Elle plaide en revanche pour des règles élaborées de manière participative, la promotion des compétences numériques et la réglementation des plateformes en ligne.
Marlen Elmiger
  |  02 mars 2026
    Opinion
  • Enfants
  • Jeunesse
  • Protection de l’enfance et de la jeunesse

Le débat autour des médias sociaux et de leur influence sur les jeunes a gagné en intensité ces dernières années. Dans le monde entier, les appels à interdire ou limiter l’accès aux réseaux sociaux se multiplient. L’objectif est de protéger les enfants et les jeunes des contenus nuisibles et de garantir leur droit à la protection et à l’intégrité.

La Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) considère qu’une interdiction générale n’apporterait pas le résultat souhaité. En effet, la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies garantit aux enfants non seulement le droit à la protection – qui est bien sûr fondamental –, mais aussi le droit à l’information et à l’éducation adaptées à leur âge, ainsi que le droit de participer aux offres numériques. En outre, l’opinion des enfants et des adolescents doit être dûment prise en compte dans toutes les affaires qui les concernent.

Une interdiction générale des médias sociaux restreindrait ces droits puisqu’elle limiterait l’accès à des informations adaptées à l’âge, aux débats politiques et aux espaces sociaux. L’espace numérique représente une opportunité importante d’éducation, de participation sociale et de soutien facilement accessible, notamment pour les enfants issus de milieux défavorisés sur le plan socio-économique.

Toutes ces raisons ont poussé la CFEJ à plaider, dans une prise de position publiée en novembre 2025, en faveur de règles et de directives claires pour l’utilisation des médias, adaptées au stade de développement et à la situation des enfants et des adolescents, et élaborées conjointement avec eux. La CFEJ considère en revanche que les interdictions générales restreignent inutilement la capacité d’action des parents et des enfants.

Acquérir des compétences

Offrir aux enfants et aux adolescents l’espace et l’occasion de réfléchir à la question de l’utilisation des réseaux sociaux, c’est leur donner la possibilité d’évoluer dans le monde numérique de manière sûre, autonome et critique. Ils doivent non seulement acquérir des compétences numériques, mais aussi apprendre à faire preuve de discernement, à dialoguer et à accepter les compromis, autant de piliers fondamentaux de la participation démocratique. Des offres faciles d’accès, qui permettent d’acquérir une expérience pratique, de se poser des questions et d’utiliser les médias numériques de manière créative, sont essentielles à cet égard.

La promotion de l’éducation à la citoyenneté, des compétences numériques, de l’autorégulation et d’autres compétences sociales et personnelles chez les enfants et les adolescents doit être adaptée à leur âge et à leur développement. Dans ce processus, il est primordial de garantir qu’ils bénéficient de l’accompagnement et du soutien des adultes, à savoir leurs parents, les enseignants et d’autres personnes de référence. Ces personnes jouent un rôle crucial et doivent être impliquées dans l’acquisition des compétences numériques.

Effets sur la santé mentale

Les conséquences de l’utilisation des réseaux sociaux sur la santé mentale sont complexes et requièrent une analyse différenciée. Elles peuvent être positives ou négatives, et dépendent de la quantité, de la qualité et du contexte de leur utilisation. Elles peuvent également varier selon les personnes et les plateformes.

La CFEJ estime qu’il est nécessaire de renforcer les compétences aussi bien concernant l’utilisation des réseaux sociaux et des smartphones, qu’en matière d’autorégulation. Les enfants et les adolescents, de même que les parents et les personnes de référence, doivent non seulement être capables de reconnaître et d’évaluer les risques liés aux réseaux sociaux, mais aussi et surtout d’exploiter leurs avantages et leur potentiel. Renforcer le bien-être des enfants et des jeunes passe d’abord par la participation sociale, la confiance en soi, les connaissances sur la santé mentale et les offres d’aide et de soutien disponibles.

La santé mentale est principalement liée à des facteurs sociaux et environnementaux (cf. Prise de position de mars 2024).

Responsabiliser les exploitants

À l’aide d’algorithmes, les plateformes tracent et interprètent les intérêts et les comportements des utilisateurs. Elles se servent des informations ainsi recueillies pour concevoir des applications et des contenus de manière peu transparente. En effet, l’un des objectifs des plateformes en ligne est de maximiser le temps d’utilisation et de capter l’attention des utilisateurs.

La CFEJ considère qu’il faut imposer des exigences de transparence aux exploitants et renforcer la réglementation en établissant des exigences légales strictes. Elle a fait part de sa position lors de la procédure de consultation sur la nouvelle loi sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche. Elle plaide pour un cadre juridique sécuritaire, une mesure qui profite de la même manière à l’ensemble des enfants et des jeunes.

En résumé : il n’y a pas de solution simple. Interdire aux enfants et aux adolescents l’accès aux médias sociaux restreint non seulement leur droit à l’information et à l’éducation, mais les prive en outre de la possibilité d’apprendre à utiliser les réseaux de manière judicieuse et à tirer profit des opportunités qu’ils offrent. En effet, c’est seulement lorsque nous sommes confrontés à des tâches et à des défis que nous pouvons apprendre à les surmonter, même si nos premières tentatives se soldent par un échec. 

La Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) est une commission extraparlementaire permanente. Elle conseille le Conseil fédéral en matière de politique de l’enfance et de la jeunesse. Son mandat est défini à l’art. 22 de la loi sur l’encouragement de l’enfance et de la jeunesse.

Le Conseil fédéral examine une réglementation possible

En octobre 2025, le Conseil fédéral a mis en consultation la nouvelle loi sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche et prévoit de rédiger un message à l’attention du Parlement d’ici à la fin de l’année. Il souhaite ainsi renforcer les droits des utilisateurs dans l’espace numérique et imposer une plus grande équité et transparence aux grandes plateformes de communication comme Instagram et TikTok ainsi qu’aux moteurs de recherche. Suite à une série d’interventions parlementaires, il examine en outre de quelle manière la protection de la jeunesse pourrait être renforcée dans ce domaine. Il s’agit notamment d’une réponse à deux interventions au Conseil des États (Santé psychique des jeunes et exposition aux réseaux sociaux. Que fait-on? et Protéger les enfants et les adolescents de l’utilisation nocive des réseaux sociaux). Dans ce contexte, le Conseil fédéral entend aussi examiner la pertinence d’une réglementation adaptée à l’âge. Par ailleurs, le Conseil fédéral mise sur la prévention et la sensibilisation, notamment par l’entremise de la plateforme Jeunes et médias.

Coresponsable du secrétariat scientifique de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ)
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