En un coup d’œil
- Dans les plus jeunes cohortes observées, le revenu professionnel des mères diminue en moyenne de 40 % environ après la naissance de leur premier enfant, principalement en raison de la forte augmentation du travail à temps partiel.
- La baisse observée après la naissance du premier enfant est similaire pour les mères d’un, de deux ou de trois enfants.
- Comme le droit aux allocations de maternité est lié au revenu de l’activité lucrative, les prestations versées lors d’une deuxième naissance sont en moyenne inférieures de près d’un tiers à celles versées lors d’une première naissance.
Devenir mère peut avoir un impact négatif sur le revenu professionnel des femmes. Leur revenu diminue souvent fortement après la naissance du premier enfant et reste ensuite à ce niveau plus bas. Pour la Suisse, les études relèvent que, sur le long terme, le revenu des mères diminue ainsi de 60 à 70 % par rapport à celui des pères (Bischof et al. 2023, Krapf et al. 2020). Cette différence dans l’évolution des revenus est appelée « pénalité de maternité » (child penalty).
Une analyse de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) met en évidence que la baisse de revenu après la première naissance persiste même pour les cohortes de mères relativement jeunes : en Suisse, celles qui ont eu leur premier enfant entre 2013 et 2015 perçoivent, cinq ans après la première naissance, un revenu environ 40 % inférieur à celui qu’elles touchaient l’année précédant la naissance.
Pour cette analyse, nous avons combiné les données de la statistique de la population et des ménages (STATPOP) avec celles des comptes individuels de l’AVS (CI AVS) et du registre des allocations pour perte de gain. Seules les mères qui résidaient en Suisse au cours des trois années précédant et des cinq années suivant la naissance de leur premier enfant ont été prises en compte. L’évolution de leurs revenus et du nombre d’enfant(s) qu’elles ont mis au monde a été observée jusqu’en 2023. À ce moment-là, une grande partie de ces femmes avait vraisemblablement déjà atteint le nombre définitif d’enfants souhaités.
Le fait que la baisse moyenne des revenus ainsi mesurée est nettement inférieure à la pénalité de maternité dont font état les études citées plus haut s’explique en grande partie par des différences méthodologiques. Les estimations de la pénalité de maternité prennent en compte l’évolution moyenne des revenus au cours de la carrière professionnelle en l’absence d’enfants, ainsi que les effets liés à l’âge et au temps.
En revanche, la baisse moyenne des revenus que nous avons mesurée n’est corrigée que du renchérissement ; elle ne prend pas en compte le fait que les revenus tendent à augmenter tout au long de la carrière en raison de facteurs tels que l’expérience professionnelle ou l’évolution des salaires.
Par ailleurs, nous avons suivi des cohortes de mères tendanciellement plus jeunes que les études mentionnées plus haut. Il n’est donc pas exclu que les revenus de ces femmes aient moins diminué dans l’ensemble que ceux des cohortes plus âgées. Bischof et al. 2023, qui examinent des femmes ayant eu leur première naissance entre 1987 et 2010, constatent eux aussi des pénalités de maternité moins importantes pour les cohortes les plus jeunes, tout au moins peu de temps après la première naissance. Cependant, on ne dispose pas encore de données qui confirment cette tendance sur le long terme.
Davantage de temps partiel chez les mères
Une partie de la baisse des revenus des mères s’explique par le fait qu’environ 10 % d’entre elles quittent le marché du travail après la naissance de leur premier enfant. Cinq ans après la naissance du premier enfant, la part de mères exerçant une activité lucrative reste stable à 84 %. Toutefois la baisse moyenne du revenu des mères qui restent sur le marché de travail après la naissance du premier enfant s’élève encore à environ 35 %. Ce pourcentage est similaire à la baisse de revenu moyenne de toutes les mères. Même si les données à notre disposition ne permettent pas de le mesurer directement, cela laisse supposer que la majorité des mères réduisent leur taux d’occupation.
Les données de l’Enquête suisse sur la population active (ESPA) montrent également que les femmes vivant dans des ménages avec enfant(s) travaillent nettement plus souvent à temps partiel que celles qui n’en ont pas : en 2024, 60 % des femmes de 25 à 54 ans vivant dans des ménages avec enfant(s) exerçaient un emploi à temps partiel, alors que cette proportion était environ deux fois moins élevée chez les femmes du même âge sans enfant à charge (OFS 2025a).
Enfin, une réduction du salaire horaire peut également avoir un impact négatif sur le revenu. Toutefois, cet effet est probablement nettement beaucoup plus faible que celui du travail à temps partiel. Oesch et al. (2017) constatent qu’en Suisse, les salaires horaires des mères sont inférieurs de 4 à 8 % par enfant par rapport aux femmes sans enfant. Une des raisons pourrait être que les femmes ayant des enfants accordent davantage d’importance à certains critères, tels que la flexibilité des horaires ou la proximité du lieu de travail.
Importance du nombre d’enfants
L’évolution du revenu professionnel des mères après la naissance d’un enfant dépend également du nombre d’enfants qu’elles ont au cours de leur vie (voir graphique 1). Près d’un tiers des 92 000 femmes ayant eu un premier enfant entre 2013 et 2015 n’en ont pas eu d’autre jusqu’en 2023. Un peu plus de la moitié d’entre elles ont eu un second enfant, et 16 % ont eu trois enfants ou plus. Les naissances multiples ont été considérées comme une seule naissance dans notre analyse ; le nombre d’enfants des mères concernées est donc sous-évalué.
Pour les trois groupes de mères, le revenu moyen augmente jusqu’à la naissance du premier enfant. À ce stade, ce sont les femmes qui auront plus tard un deuxième enfant qui gagnent le plus, soit environ 63 000 francs par an. Chez les femmes qui n’auront pas d’autre enfant ou qui en auront trois ou plus, le revenu moyen avant la naissance du premier enfant est inférieur de plus de 5000 francs. Une année après la naissance du premier enfant, la baisse moyenne du revenu est similaire pour les trois groupes et se situe entre 37 et 47 %.
Les écarts de revenus se creusent davantage à moyen terme. Le revenu des femmes ayant un seul enfant remonte dans les deux ans suivant la naissance, tandis que celui des femmes ayant deux enfants ou plus reste à un faible niveau plus longtemps après la naissance du premier enfant. Il est toutefois intéressant de remarquer que leur revenu ne baisse guère davantage avec les naissances suivantes. Ces chiffres indiquent que la décision de réduire l’activité lucrative est prise dès la naissance du premier enfant et qu’elle est peut-être influencée par le nombre d’enfants souhaité (voir aussi Bischof et al. 2023 et Kleven et al. 2019).
Pour interpréter ces chiffres, il convient de prendre en compte que ces trois groupes de femmes se distinguent également par d’autres caractéristiques ayant une incidence sur leur revenu. Ainsi, les femmes ayant un seul enfant en 2023 sont en moyenne plus âgées (33 ans) à la naissance de leur premier enfant que celles ayant deux (31 ans) ou trois enfants (28 ans). Les mères d’enfants uniques sont par ailleurs moins souvent mariées et ont plus souvent une nationalité étrangère. Il est également possible qu’elles travaillent dans des secteurs différents et exercent d’autres activités professionnelles.
À partir du deuxième enfant, le droit aux APG diminue
Quitter le marché du travail ou réduire son taux d’occupation a une incidence directe sur le droit à l’allocation de maternité prévue par le régime des allocations pour perte de gain (APG) ainsi que sur son montant. En effet, ne sont éligibles que les femmes qui ont exercé une activité lucrative ou étaient à la recherche d’un emploi pendant au moins 5 des 9 mois précédant la naissance et au moment de la naissance.
Si une femme réduit son taux d’occupation au cours de l’année précédant la naissance, c’est en général uniquement le revenu correspondant au taux d’occupation réduit qui est pris en compte pour le calcul des APG. De même, si une femme change d’employeur et perçoit donc un nouveau salaire au cours de l’année précédant l’accouchement, le revenu pris en compte est généralement celui obtenu auprès du nouvel employeur. Actuellement, l’indemnité journalière APG correspond à 80 % du revenu moyen réalisé avant la naissance, jusqu’à un montant maximal de 220 francs par jour. Chez les mères de plusieurs enfants, une réduction du taux d’occupation après la naissance du premier enfant entraîne donc généralement une baisse des APG lors des naissances suivantes.
Nos analyses montrent que la proportion de mères ayant droit aux APG diminue avec chaque naissance (voir graphique 2). Entre 2013 et 2015, 89 % des mères donnant naissance à leur premier enfant avaient droit à un congé de maternité. Lors de la deuxième naissance, 80 % étaient encore éligibles ; lors de la troisième, elles n’étaient plus que 72 %.
En examinant les transitions entre les naissances, on constate que la plupart des mères de plusieurs enfants conservent leur statut d’éligibilité et donc leur statut sur le marché du travail. La majorité des mères ayant droit à un congé de maternité lors de la naissance de leur deuxième ou troisième enfant étaient également éligibles lors des naissances précédentes. Les mères qui n’étaient pas éligibles lors de la naissance de leur premier enfant ne le sont souvent pas non plus lors des naissances suivantes. Il existe aussi un petit nombre de mères qui obtiennent pour la première fois ou qui retrouvent leur droit à l’allocation lors des naissances suivantes (3 % lors de la deuxième, 6 % lors de la troisième). Il y a lieu de supposer que la grande majorité des femmes prennent leur congé de maternité lorsqu’elles y ont droit (voir également Roth et Unterhofer 2025).
G2 : Droit à l’allocation de maternité après une naissance
Forte baisse de l’indemnité journalière à la deuxième naissance
Si l’on compare le montant moyen de l’allocation de maternité journalière après chaque naissance pour les femmes ayant un, deux ou trois enfants et plus, il n’est guère surprenant d’obtenir un tableau similaire à celui des profils de revenus (voir graphique 3). Les mères de deux enfants reçoivent les indemnités journalières les plus élevées lors de la première naissance, avec une moyenne de 147 francs. Les mères d’un ou de trois enfants et plus touchent légèrement moins, avec respectivement 141 et 138 francs. La différence entre les indemnités journalières des trois groupes de mères est toutefois nettement moins importante que la différence entre les revenus avant la première naissance. La raison en est, d’une part, que seules les mères éligibles sont prises en compte ici, c’est-à-dire celles qui exerçaient une activité lucrative avant la naissance. D’autre part, l’indemnité journalière est plafonnée pour une partie d’entre elles.
Pour tous les groupes de femmes, la plus forte baisse des indemnités journalières est observée entre la première et la deuxième naissance, où les indemnités diminuent en moyenne d’environ 30 %. Pour les raisons susmentionnées, cette baisse est elle aussi légèrement inférieure à la baisse (en pourcentage) des revenus immédiatement après la naissance du premier enfant. Entre la deuxième et la troisième naissance et les suivantes, l’indemnité journalière diminue encore de 5 % en moyenne.
Le fait que les femmes réduisent souvent de manière significative et durable leur activité lucrative et, ainsi, leur revenu lorsqu’elles deviennent mères impacte leur protection sociale. À court terme, les mères qui ont plusieurs enfants voient leurs APG diminuer, ce qui se traduit par une perte de revenu supplémentaire. Sur le long terme, la baisse des revenus de l’activité lucrative influence notamment la prévoyance vieillesse. En 2023, les femmes en Suisse touchaient encore 30 % de moins que les hommes en rentes de vieillesse, notamment en raison de leurs rentes du 2e pilier moins élevées (OFS 2025b).
Une description détaillée de la méthode employée pour déterminer le droit aux prestations des APG se trouve sur le site web de l’Office fédéral des assurances sociales. La méthodologie de traitement des données et la documentation utilisée seront mises à disposition sur demande.
Bibliographie
Bischof, Severin ; Kaderli, Tabea ; Liechti, Lena ; Guggisberg, Jürg (2023). Situation économique des familles en Suisse : de l’importance des naissances, des séparations et des divorces (en allemand, avec résumé en français). Étude commandée par l’OFAS. Aspects de la sécurité sociale. Rapport de recherche no 1/23.
Kleven, Henrik ; Landais, Camille ; Posch, Johanna ; Steinhauer, Andreas ; Zweimüller, J. (2019). Child penalties across countries: Evidence and explanations. In : AEA Papers and Proceedings, vol. 109, p. 122-126.
Krapf, Matthias ; Roth, Anja ; Slotwinski, Michaela (2020). The Effect of Childcare on Parental Earnings Trajectories. CESifo Working Paper No 8764.
Oesch, Daniel ; Lipps, Oliver ; McDonald, Patrick (2017). The wage penalty for motherhood: Evidence on discrimination from panel data and a survey experiment for Switzerland. Demographic Research, vol. 37, p. 1793-1824.
OFS (2025a.) Situation professionnelle selon le sexe et la situation familiale – Activité professionnelle, tâches domestiques et familiales.
OFS (2025b). Écart de rente entre femmes et hommes (gender pension gap).
Roth, Anja ; Unterhofer, Ulrike (2025). Maternité et paternité : les mères prennent plus souvent leur congé que les pères. Sécurité sociale CHSS.