En un coup d’œil
- Le taux de travail à temps partiel n’a cessé d’augmenter depuis 1991.
- Parallèlement, la participation au marché du travail de la population en âge de travailler a progressé.
- L’élément décisif pour les finances de l’AVS est l’augmentation du taux d’occupation moyen des personnes entre 15 et 64 ans.
Quelles sont les répercussions du travail à temps partiel sur les finances de l’assurance-vieillesse et survivants (AVS) ? On pourrait supposer que des taux d’occupation plus bas impliquent une baisse des cotisations pour les caisses AVS ; la réalité est toutefois plus nuancée.
Une chose est claire : le taux d’occupation n’influence pas directement le calcul des cotisations à l’AVS, ni les prestations de cette assurance, raison pour laquelle ce taux ne figure pas non plus sur les comptes individuels (CI) de l’AVS. Les principaux éléments qui déterminent à la fois les cotisations à l’AVS et les prestations à l’âge de la retraite sont les revenus soumis à cotisation et la durée de cotisation.
Toutefois, parce qu’il influence le salaire soumis à cotisation, le travail à temps partiel a un effet indirect sur l’AVS. En simplifiant, on peut dire que le travail à temps partiel influence les finances de l’AVS de manière contradictoire.
L’effet positif réside dans le fait que, grâce au travail à temps partiel, le nombre de personnes exerçant une activité lucrative augmente, ce qui entraîne une augmentation des recettes de l’AVS supérieure à ses dépenses. En effet, une personne exerçant une activité lucrative verse généralement des cotisations à l’AVS supérieures à celles qu’elle verserait sans activité lucrative.
Chez les personnes sans activité lucrative, les cotisations à l’AVS dépendent de la fortune et d’autres sources de revenus. Si leur conjoint exerce une activité lucrative au sens de l’AVS et verse des cotisations équivalentes au moins au double de la cotisation minimale, les personnes mariées sans activité lucrative sont libérées de leur obligation de cotiser.
Le travail à temps partiel a toutefois aussi un effet négatif sur les finances de l’AVS : lorsque des personnes travaillant à plein temps réduisent leur taux d’occupation, elles cotisent moins à l’AVS ce qui a des répercussions négatives sur les finances de l’assurance. Cet effet est d’autant plus prononcé que les cotisations salariales à l’AVS ne sont pas plafonnées, alors que le montant de la rente est limité à la rente maximale.
Du point de vue des assurés, il ressort que plus le salaire est bas, plus le rapport entre les cotisations et la future rente est avantageux. Les personnes qui versent davantage de cotisations touchent certes généralement une rente plus élevée, mais pas de manière proportionnelle ; c’est ce que l’on appelle la solidarité du 1er pilier.
Qu’indique le taux de travail à temps partiel ?
Le taux de travail à temps partiel n’a cessé d’augmenter depuis 1991 (Perrenoud 2025). Afin de comprendre les conséquences de cette augmentation sur les finances de l’AVS, il faut examiner plus précisément ce que recouvre cet indicateur. Le taux de travail à temps partiel mesure la part des personnes occupées à temps partiel sur l’ensemble des personnes actives (sans les chômeurs et les personnes sans activité lucrative). Cette précision permet de comprendre que le taux de travail à temps partiel peut augmenter sans que le nombre de personnes occupées à plein temps diminue, notamment lorsque des personnes sans activité lucrative prennent un poste à temps partiel. Dans ce cas, le nombre de personnes actives à plein temps reste stable, bien que le taux de travail à temps partiel augmente. Concernant les finances de l’AVS, l’indicateur déterminant n’est donc pas le taux de travail à temps partiel, mais la part des personnes actives occupées à temps partiel par rapport à l’ensemble de la population.
En raison de l’évolution démographique, le nombre de personnes au bénéfice d’une rente de vieillesse augmente par rapport à la population active. Étant donné que la plupart des bénéficiaires de rente n’exercent pas d’activité lucrative, l’évolution démographique a également un effet négatif sur le taux d’activité. Dans ce qui suit, nous nous limiterons donc aux personnes âgées de 15 à 64 ans domiciliées en Suisse. Cela nous permet d’omettre les phénomènes en lien avec l’évolution démographique.
Un taux d’activité à la hausse
Comme le montre notre analyse de l’Enquête suisse sur la population active (ESPA) réalisée par l’Office fédéral de la statistique (OFS), entre 1991 et 2024, la part des personnes âgées de 15 à 64 ans actives à plein temps a reculé de neuf points de pourcentage et s’élève à 51 % de l’ensemble de la population de la même tranche d’âge (voir graphique 1). Parallèlement, la part des personnes travaillant à temps partiel a augmenté de onze points de pourcentage pour atteindre 29 %.
Cette augmentation concerne presque exclusivement les taux d’occupation moyens entre 50 et 89 %, qui sont passés à 19 %, ce qui représente une augmentation de onze points de pourcentage. En revanche, la part des personnes actives à un taux d’occupation inférieur à 50 % est restée stable.
La part des personnes sans activité lucrative a diminué, passant de 20 à 16 %. Comme expliqué plus haut, cette évolution entraîne des répercussions positives pour les finances de l’AVS.
Inversion de la tendance après 2010
L’évolution n’a pas toujours suivi la même dynamique depuis 1991. On observe ainsi que la quasi-totalité du recul du travail à plein temps a eu lieu entre 1991 et 2009 (moins six points de pourcentage), tandis que la part des personnes sans activité lucrative a reculé de trois points sur la même période (voir graphique 2).
Ce schéma s’inverse à partir de 2010 : la part des personnes actives à plein temps recule alors de moins d’un point de pourcentage, tandis que celle des personnes sans activité lucrative recule encore de trois points de pourcentage. Autrement dit : à partir de 2010, l’augmentation du temps partiel s’accompagne principalement d’un recul des personnes sans activité lucrative, alors que la part des personnes actives à plein temps reste pratiquement inchangée. Toutefois, l’analyse des sous-groupes, et notamment des hommes et des femmes, révèle en partie des schémas contradictoires.
Augmentation du taux d’occupation par personne
Il est intéressant de noter que, malgré l’augmentation du travail à temps partiel, le taux d’occupation moyen par personne a augmenté de deux points de pourcentage entre 1996 et 2024 pour atteindre 68 % (voir graphique 3). Ces chiffres prennent également en compte les personnes sans activité lucrative et les chômeurs (au sens du BIT) qui ont un taux d’occupation de 0 %. Les femmes sont le moteur principal de cette évolution, puisque leur taux d’occupation moyen s’élève à 57 % sur la même période, soit une augmentation de onze points de pourcentage. Celui des hommes, en revanche, a diminué de sept points de pourcentage, atteignant désormais 79 %. En moyenne, les personnes âgées de 15 à 64 ans ne travaillent donc pas moins qu’en 1996.
Des dynamiques inverses chez les femmes et les hommes
Chez les femmes, l’augmentation du travail à temps partiel va de pair avec une participation accrue au marché du travail : entre 1991 et 2024, la part des femmes sans activité lucrative a reculé de treize points de pourcentage, atteignant désormais 19 %. Sur la même période, la part des femmes travaillant à un taux d’occupation entre 50 et 89 % a presque doublé. En revanche, après quelques fluctuations passagères, la part des femmes actives à plein temps en 2024 était presque identique à celle qui avait été enregistrée en 1991 (voir graphique 4).
Chez les hommes, le tableau est tout autre : dans ce groupe de population, le travail à plein temps a reculé de 16 points de pourcentage entre 1991 et 2024, passant à 69 %, alors que la part des hommes sans activité lucrative a augmenté. Les temps partiels à taux d’occupation élevé ont augmenté de 8 % et ceux à faibles taux d’occupation de 2 %.
Une tendance bénéfique pour l’AVS
Pour conclure, on peut dire que l’équation « plus de temps partiels égale moins de cotisations AVS » est trop simpliste, car l’augmentation du travail à temps partiel ne se fait pas au détriment de l’occupation à plein temps : depuis 2010, la part des personnes entre 15 et 64 ans occupées à plein temps est restée pratiquement inchangée, tandis que la part des personnes sans activité lucrative a diminué.
L’analyse des taux d’occupation moyens de l’ensemble de la population âgée de 15 à 64 ans est particulièrement révélatrice : en moyenne, ces personnes travaillent aujourd’hui à des taux d’occupation supérieurs, une tendance qui bénéficie aux finances de l’AVS. Les femmes sont le moteur principal de cette évolution, tandis que le taux d’occupation moyen des hommes a légèrement reculé.
En comparaison internationale, la Suisse enregistre aussi bien un taux d’activité qu’un taux de travail à temps partiel élevés (OCDE 2024). De toute évidence, ces deux phénomènes semblent liés. Ces données ne permettent toutefois pas d’évaluer si le potentiel de main-d’œuvre est épuisé en Suisse, ni à quel point. En revanche, les analyses relatives à la sous-occupation semblent suggérer qu’il existe un potentiel inexploité (Schwiter et Barfuss).
Bibliographie
OCDE (2024). Études économiques de l’OCDE : Suisse 2024.
Perrenoud, Silvia (2025). Toujours plus de temps partiels, avec des différences marquées. Sécurité sociale CHSS, 8 décembre
Schwiter, Karin ; Barfuss, Reta (2026). À temps partiel malgré eux. Sécurité sociale CHSS, 30 mars.