En un coup d’œil
- Selon le scénario de référence de l’Administration fédérale des finances, les dépenses de santé devraient passer d’environ 11 % du produit intérieur brut en 2023 à plus de 15 % en 2060.
- L’évolution des technologies médicales constitue l’un des facteurs de cette hausse des coûts, tandis que les dépenses liées aux soins de longue durée augmentent fortement en raison du vieillissement démographique.
- Les récentes réformes du financement tendent à transférer la charge des payeurs de primes vers les contribuables.
Au cours des 25 dernières années, les dépenses de santé ont augmenté nettement plus rapidement que l’économie en Suisse : alors qu’elles représentaient environ 9 % du produit intérieur brut (PIB) en 2000, elles atteignaient déjà 11,2 % en 2023. La Suisse fait ainsi partie des pays dont le système de santé est l’un des plus coûteux parmi les États membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Cette hausse alimente les débats sur la réforme des politiques sociales et budgétaires. En effet, le vieillissement de la population s’accélérera considérablement au cours des prochaines décennies en raison du départ à la retraite de la génération du baby-boom. Dans le même temps, l’accès aux médicaments et aux traitements les plus récents doit être garanti.
Pour assurer un financement pérenne du système de santé, il est essentiel d’anticiper les évolutions dans les secteurs de la santé et des finances publiques. Les projections de dépenses établies par l’Administration fédérale des finances (AFF) pour la période allant jusqu’en 2060 montrent la nécessité de poursuivre les réformes (Colombier et al. 2026). Ces projections visent à informer la population sur l’évolution des dépenses à moyen et long terme dans le secteur de la santé et à mieux comprendre les facteurs de coûts.
Vieillissement démographique, facteur de la hausse des coûts
Le vieillissement de la population est un facteur structurel important de la hausse des coûts : une population vieillissante a davantage recours aux prestations de santé et a besoin de plus de soins. Outre les effets directs du vieillissement, l’évolution de l’état de santé (morbidité) joue un rôle à mesure que l’espérance de vie augmente. Nos projections reposent sur l’hypothèse d’une amélioration de l’état de santé de la population avec l’allongement de l’espérance de vie.
Par ailleurs, d’autres facteurs de coûts, non liés à la démographie, jouent également un rôle important. Dans nos projections, nous supposons que les dépenses de santé augmenteront plus rapidement que les revenus de l’économie dans son ensemble. Cette hypothèse permet de prendre en compte des aspects liés à l’offre et à la demande, comme l’augmentation des attentes de la population envers le système de santé ou les progrès de la technologie médicale.
Nos projections reposent également sur l’hypothèse que les prix dans le secteur de la santé augmenteront plus fortement que dans le reste de l’économie. Cette situation peut s’expliquer par des inefficacités au sein du système de santé et par la pénurie de personnel qualifié. La « maladie des coûts de Baumol » joue également un rôle important à cet égard. La maladie des coûts énonce que les gains de productivité dans les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre, comme celui de la santé, sont inférieurs à ceux du reste de l’économie, ce qui entraîne une hausse plus marquée des salaires et, par conséquent, des coûts. Enfin, compte tenu des mesures politiques et de l’évolution des technologies médicales, nous supposons que la tendance à transférer les prestations de santé de l’hospitalisation vers les soins ambulatoires (« ambulantisation ») se poursuivra.
Les projections de dépenses s’appuient sur les scénarios démographiques de l’Office fédéral de la statistique et adoptent une approche internationalement reconnue, similaire à celle de l’OCDE et de la Commission européenne. En raison de facteurs de coûts différents, nous distinguons les domaines de la santé et des soins de longue durée.
Ces projections ne constituent pas des prévisions de l’évolution des dépenses de santé pour les prochaines décennies. Il s’agit plutôt de scénarios permettant de déterminer comment les dépenses de santé évolueraient selon les hypothèses retenues si aucune autre mesure n’était prise en plus des réformes déjà adoptées.
Afin de tenir compte de diverses incertitudes, plusieurs scénarios sont calculés. Le scénario de référence central est présenté plus en détail ci-après.
Forte croissance des dépenses jusqu’en 2060
En 2023, les 11,2 % du PIB consacrés aux dépenses de santé se répartissaient comme suit (chiffres arrondis) :
- assurance obligatoire des soins (3,7 % du PIB) ;
- État (3,5 % du PIB) ;
- ménages privés (2,5 % du PIB) ;
- autres institutions, par exemple les assurances complémentaires (1,6 % du PIB).
Dans le scénario de référence, ces dépenses devraient atteindre 15,3 % du PIB d’ici 2060 (voir graphique 1). Avec un taux de croissance annuel moyen de 3,2 %, elles progressent nettement plus fortement que le PIB, qui croît en moyenne de 2,3 % par an. Les dépenses de santé sont principalement influencées par des facteurs non démographiques, comme les progrès de la technologie médicale et le mécanisme de la maladie des coûts évoqué précédemment. En ce qui concerne les soins de longue durée, le principal facteur de coûts est le vieillissement de la population.
Réforme EFAS : transfert de la charge vers les contribuables
La réforme du financement uniforme des prestations (EFAS) entrera en vigueur en 2028 pour les prestations de santé et en 2032 pour les soins de longue durée. Elle implique que l’ensemble des dépenses liées aux prestations nettes au sens de la loi fédérale sur l’assurance-maladie (LAMal) – c’est-à-dire les dépenses pour les prestations LAMal moins la participation aux coûts des ménages – seront soumises à une clé de financement uniforme. À partir de 2032, les dépenses pour les prestations nettes LAMal seront prises en charge à hauteur de 73,1 % au maximum par l’assurance-maladie obligatoire (payeurs de primes) et de 26,9 % au minimum par les cantons et les communes (contribuables).
En 2023, les dépenses liées aux prestations nettes LAMal représentaient environ la moitié des dépenses totales de santé, soit 5,6 % du PIB. Selon le scénario de référence, elles devraient atteindre 8,1 % du PIB d’ici 2060.
À partir de 2028, l’introduction du financement uniforme pour les prestations de santé allégera quelque peu la charge pesant sur les payeurs de primes, tandis que les contribuables seront davantage mis à contribution (voir graphique 2), car les cantons participeront alors également au financement des prestations ambulatoires.
À l’inverse, l’extension du financement uniforme aux soins de longue durée en 2032 entraînera au total une légère augmentation de la charge pour les payeurs de primes et un allègement modeste pour les contribuables (voir graphique 3). Par la suite, l’évolution des coûts sera parallèle pour les payeurs de primes et pour les contribuables.
Les cantons supportent deux tiers des dépenses publiques de santé
Selon le scénario de référence, les dépenses publiques de santé passeront de 3,5 % du PIB en 2023 à 5 % en 2060 (voir le graphique 4). Cette hausse affectera particulièrement les cantons, qui supportent environ les deux tiers de ces dépenses. Outre la réforme EFAS, l’obligation faite aux cantons, depuis le début de l’année 2026, de consacrer une contribution minimale à la réduction individuelle des primes dans le cadre de l’assurance-maladie obligatoire a également un impact significatif.
Les dépenses de la Confédération augmenteront également, car celle-ci participe au financement de la réduction individuelle des primes. Selon le scénario de référence, la part des dépenses de l’AVS/AI consacrées à la santé dans le PIB n’évoluera que très légèrement. Enfin, le financement uniforme dans le domaine des soins de longue durée allégera ponctuellement et légèrement la charge des communes.
De nouvelles réformes du financement sont nécessaires
Du point de vue de la politique sociale, la croissance soutenue des dépenses compromet l’accès de la population aux soins de santé. Du point de vue des finances publiques, elle signifie que le secteur de la santé absorbe une part de plus en plus importante des budgets de la Confédération, des cantons et des communes, au détriment d’autres dépenses. Les projections de dépenses montrent clairement que la viabilité des finances publiques est mise à rude épreuve et que la hausse des primes d’assurance se poursuivra.
Dans ce contexte, de nouvelles mesures visant à accroître l’efficience et à freiner la croissance des dépenses sont indispensables. Parmi les principales pistes d’action figurent la fixation d’objectifs de coûts contraignants pour responsabiliser davantage les acteurs du système de santé et une meilleure planification hospitalière pour réduire les surcapacités.
Bibliographie
Colombier, Carsten ; Lerch, Benjamin ; Brändle, Thomas (2026). Projections sur l’évolution des dépenses de santé jusqu’en 2060 : vieillissement de la population et réformes, Working Paper de l’AFF no 29