En un coup d’œil
- Le projet de soins anticipé permet à chacun de réfléchir à ses valeurs, volontés et attentes personnelles concernant les traitements médicaux et la prise en charge, d’en discuter et de les consigner.
- À la demande du Conseil fédéral, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et l’Académie suisse des sciences médicales ont constitué un groupe de travail national sur cette question.
- L’objectif est de faire connaître et de diffuser le projet de soins anticipé au sein du système de santé et auprès de la population.
Toute personne peut se retrouver, de manière inattendue, dans une situation où elle est incapable de discernement ou ne peut plus communiquer, alors que des décisions médicales importantes doivent être prises. Cette situation peut survenir à la suite d’un grave accident, d’un accident vasculaire cérébral, de complications lors d’une intervention médicale ou d’une détérioration soudaine de l’état de santé d’une personne fragile ou malade.
En l’absence de volontés préalablement exprimées et documentées, les proches et les professionnels de santé se retrouvent confrontés à des questions difficiles : quel traitement la personne concernée aurait-elle choisi ? À quels traitements aurait-elle donné son accord et lesquels aurait-elle refusés ? Qui doit finalement la représenter et prendre des décisions en son nom ?
Afin d’éviter de telles situations, et donc le risque de soins excessifs, insuffisants ou inadéquats, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM) promeuvent le projet de soins anticipé (ProSA). Cette démarche s’appuie sur le rapport intitulé « Améliorer la prise en charge et le traitement des personnes en fin de vie » (Conseil fédéral 2020).
Bien plus que des directives anticipées
Le projet de soins anticipé permet à chacun de réfléchir à ses valeurs, volontés et attentes personnelles concernant les traitements médicaux et la prise en charge, d’en discuter et de les consigner. L’objectif est de pouvoir tenir compte des volontés d’une personne même lorsqu’elle n’est plus en mesure de prendre elle-même des décisions. Cette pratique est bénéfique pour toutes les parties : les personnes concernées ont l’assurance que leurs volontés seront respectées, leurs proches et leurs représentants thérapeutiques disposent de points de repère dans des situations difficiles, et les professionnels de santé bénéficient d’une base solide pour prendre des décisions médicales, ce qui leur permet de mieux adapter les traitements aux attentes individuelles de leurs patients.
L’instrument le plus connu pour consigner les volontés d’un patient de manière juridiquement contraignante est celui des directives anticipées. Conformément au code civil suisse, toute personne capable de discernement peut y préciser les traitements médicaux auxquels elle consent ou ceux qu’elle refuse (cf. art. 370 ss CC) et y désigner une personne habilitée à la représenter.
« Qu’est-ce qui compte pour moi dans la vie ? »
Le projet de soins anticipé ne se limite toutefois pas à la rédaction de directives anticipées. Il s’agit en effet d’un processus continu, car les valeurs, les priorités et les attitudes face à la maladie, à la vie et à la mort peuvent évoluer au fil de l’existence. Une maladie chronique, un nouveau diagnostic, des expériences personnelles ou le passage à une nouvelle étape de la vie peuvent être autant d’occasions de réexaminer des décisions antérieures.
L’idée est donc avant tout de se poser régulièrement des questions fondamentales : qu’est-ce qui compte pour moi dans la vie ? Quels traitements médicaux sont envisageables pour moi ? Quelles sont les épreuves que je souhaite éviter ? Qui doit me représenter si je ne suis plus en mesure de prendre moi-même des décisions ? Les entretiens avec les proches et les professionnels de santé revêtent ici une importance particulière. Ils aident à exprimer ses volontés, à évaluer les options médicales et à formuler des attentes réalistes. La mise par écrit du résultat de ces réflexions – par exemple dans des directives anticipées – garantit que ces considérations seront disponibles et compréhensibles ultérieurement.
Un groupe de travail formule des recommandations
Le projet de soins anticipé n’est pas obligatoire, mais il doit être accessible et compréhensible pour tous. Pour promouvoir cet outil, l’OFSP et l’ASSM ont mis en place, à la demande du Conseil fédéral, un groupe de travail national. Celui-ci est constitué d’experts en médecine, en soins infirmiers, en soins palliatifs, en travail social, en droit et en éthique. Il comprend également des représentants des cantons, des organisations de personnes concernées et des associations de fournisseurs de prestations.
En mars 2023, ce groupe de travail a publié une roadmap comprenant douze recommandations. Il s’agit notamment de désigner à l’avance une personne habilitée à représenter le patient et de l’informer de son rôle. Les recommandations prévoient également la formulation et la mise à jour régulière des valeurs personnelles et des souhaits en matière de traitements médicaux. D’autres recommandations portent sur la qualité de la documentation, la qualification des professionnels et la clarification des questions de financement pour la mise en œuvre du projet de soins anticipé au sein du système de santé.
Sensibiliser la population
Un sous-projet est dédié à la sensibilisation et à l’information de la population. L’objectif est de donner à chacun les moyens de se pencher suffisamment tôt sur le projet de soins anticipé. Le site Internet de l’OFSP « Renforcer la volonté du patient » contient des informations importantes à ce sujet.
Le site explique notamment que le projet de soins anticipé commence par une réflexion sur ses valeurs et ses souhaits personnels. Il s’agit également de désigner un représentant thérapeutique approprié et d’échanger avec lui sur ses positions concernant les mesures médicales et les objectifs thérapeutiques.
Les professionnels et les organisations des secteurs de la santé et du social jouent un rôle essentiel dans la diffusion de ces informations. Des modèles sont mis à leur disposition, par exemple pour des dépliants ou des publications sur les réseaux sociaux,. Sur son site Internet « Promotion du ProSA par les professionnels », l’ASSM attire également l’attention sur le site de l’OFSP et sur ces modèles.
Soins de longue durée dans un cadre institutionnel
Un autre sous-projet porte sur les soins de longue durée dans un cadre institutionnel. De nombreux résidents des maisons de retraite et des établissements médico-sociaux souffrent en effet de pathologies chroniques multiples ou de troubles cognitifs. La probabilité de devoir prendre des décisions médicales dans des situations de crise ou d’urgence est donc accrue pour cette catégorie de personnes. Un groupe de travail interprofessionnel a rédigé un guide pratique à ce sujet. Ce guide s’adresse en particulier au personnel soignant, aux médecins et aux autres professionnels chargés de mener des entretiens sur le projet de soins anticipé. Il est disponible en français, en allemand et en italien.
À l’aide de grilles d’entretien, le guide montre comment les professionnels peuvent mener des entretiens avec les résidents et leurs représentants thérapeutiques au sujet du degré d’intensité de traitement souhaité et définir ensemble les objectifs thérapeutiques.
Définir des normes de qualité
Le prochain volet des travaux portera sur l’élaboration de normes de qualité pour les modèles de directives anticipées et le projet de soins anticipé dans les situations d’urgence médicale. Une autre question sera de déterminer si et comment les prestations liées au projet de soins anticipé peuvent être remboursées. Enfin, un autre thème sera l’application du projet de soins anticipé aux personnes souffrant de troubles psychiques.
Afin de sensibiliser le plus grand nombre de personnes possible et de leur permettre de préparer un projet de soins anticipé, il faut sans cesse trouver de nouvelles idées. C’est notamment le cas pour les personnes présentant un handicap cognitif ou pour les enfants atteints d’une maladie réduisant leur espérance de vie. La diversité des travaux en cours montre que le projet de soins anticipé couvre de nombreux champs d’action et repose sur l’engagement de nombreux acteurs. Cette collaboration est essentielle pour inscrire durablement le projet de soins anticipé dans le système de santé suisse.
Des informations complémentaires sont disponibles sur les pages bag.admin.ch/prosa et samw.ch/prosa.
Bibliographie
Conseil fédéral (2020). Améliorer la prise en charge et le traitement des personnes en fin de vie. Rapport du Conseil fédéral en réponse au postulat 18.3384 de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des États (CSSS-CE) du 26 avril 2018.
Groupe de travail projet de soins anticipé (2023). Roadmap pour la mise en œuvre du projet de soins anticipé (ProSA) en Suisse. OFSP et ASSM, Berne.
Groupe de travail projet de soins anticipé (2025). Projet de soins anticipé dans les établissements médico-sociaux – Guide de mise en œuvre. ASSM et OFSP, Berne.