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Jeunes souffrant de troubles psychiques : des pistes pour l’AI

Le nombre de demandes AI déposées par des jeunes souffrant de troubles psychiques a augmenté ; dans le même temps, les cas deviennent de plus en plus complexes. Une étude réalisée sur mandat de l’office AI du canton de Berne propose des pistes pour adapter le système de prise en charge de l’AI.
Christoph Tschanz, Nathalie Joder, Pascal Wyssling
  |  28 août 2026
    Recherche et statistique
  • Assurance-invalidité
  • Jeunesse
Les troubles psychiques chez les jeunes ont souvent des causes multiples, notamment la pression à la performance (Alamy).

En un coup d’œil

  • Le nombre de nouvelles rentes AI liées à des troubles psychiques a surtout augmenté dans la tranche d’âge des 18-24 ans, passant du simple au double en l’espace de dix ans.
  • Une étude menée par la Haute école spécialisée de Berne sur mandat de l’office AI du canton de Berne montre que cette augmentation est due à une combinaison de facteurs : des contraintes croissantes, l’évolution des pratiques de diagnostic et une meilleure sensibilisation.
  • La croissance de la demande se heurte à une offre certes bien développée, mais fragmentée ; il est donc indispensable d’améliorer la coordination et de faciliter l’accès aux offres.

Depuis 2019, le nombre de bénéficiaires de rentes de l’assurance-invalidité (AI) est à nouveau en hausse, alors que la tendance était à la baisse pendant de nombreuses années. Cette hausse est principalement due à l’augmentation du nombre de nouvelles demandes : alors que le taux d’octroi de rentes est resté stable, le taux de nouvelles demandes est passé de 0,8 % en 2014 à plus de 1,1 % en 2024 (OFAS 2026). Cette tendance est particulièrement marquée dans le domaine des troubles psychiques chez les jeunes : dans la tranche d’âge des 18-24 ans, le nombre de nouvelles rentes AI accordées pour des troubles psychiques a presque doublé en l’espace d’une décennie.

Des enquêtes récentes menées auprès de jeunes en Suisse montrent que les troubles psychiques et le stress sont très répandus au quotidien. Selon une enquête représentative menée par Pro Juventute, le stress lié à l’école et à la formation, la pression à la performance et les inquiétudes quant à l’avenir professionnel comptent parmi les causes les plus fréquentes de troubles psychiques chez les 14-25 ans en Suisse (Pro Juventute 2026).

Dans le cadre d’une étude commandée par l’office AI du canton de Berne, nous avons élaboré des bases scientifiques pour développer, dans le cadre de l’AI, des offres de soutien destinées aux jeunes souffrant de troubles psychiques (Tschanz et al. 2026). Sur le plan méthodologique, notre étude combine une analyse de la littérature et une revue de cadrage (scoping review) avec des entretiens qualitatifs menés auprès des principaux acteurs du canton de Berne. Les données et les études disponibles en Suisse étant relativement limitées, nous avons utilisé des données et des résultats issus de recherches menées dans d’autres pays.

Des causes multiples

L’augmentation du nombre de demandes AI chez les jeunes ne s’explique pas par une seule et unique cause. La littérature sur le sujet fait plutôt état de différents schémas d’explication selon les troubles examinés. Des études internationales montrent que la dépression et les troubles anxieux ont effectivement augmenté chez les adolescents et les jeunes adultes (Zhang et al. 2025 ; Bie et al. 2024). Ces troubles peuvent être liés à la pression à la performance dans le système éducatif, à la solitude, au harcèlement, à des difficultés familiales ou à des facteurs de stress numériques (Krokstad et al. 2022). Si la pandémie de COVID-19 n’a pas été à l’origine de cette évolution, elle l’a amplifiée et rendue plus visible (Gondek et al. 2024).

La situation est différente pour les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et les troubles du spectre autistique. La recherche montre que l’augmentation de la prévalence de ces troubles est étroitement liée à l’évolution des pratiques de diagnostic, à une meilleure sensibilisation de la société et à une diminution de la stigmatisation. Ainsi, un diagnostic précoce peut faciliter l’accès à une aide. Parallèlement, le fait que les particularités liées au développement neurologique bénéficient d’une meilleure visibilité incite davantage de jeunes à demander une évaluation et à rechercher un soutien (Brown et al. 2024). Cela concerne en particulier les groupes chez qui les symptômes passaient plus souvent inaperçus, comme les filles et les jeunes femmes (Hinshaw et al. 2022).

Les médias numériques ont quant à eux un effet ambivalent sur les troubles psychiques. D’un côté, une utilisation intensive, les comparaisons sociales ou le cyberharcèlement peuvent aggraver ces troubles. D’un autre côté, les réseaux sociaux regorgent d’informations sur la santé mentale, le TDAH, l’autisme et la neurodiversité, ce qui contribue à une meilleure sensibilisation (Mayerhofer et al. 2024 ; Brown et al. 2024).

Pour l’AI, ces différenciations sont essentielles. Une augmentation du nombre de diagnostics ne signifie pas nécessairement une augmentation proportionnelle de la prévalence des maladies sous-jacentes. Elle peut également refléter une évolution des perceptions, un dépistage plus efficace et un recours accru aux aides disponibles. Pour pouvoir apporter un soutien ciblé aux jeunes, il est donc essentiel d’identifier les mécanismes à l’origine de l’augmentation des troubles psychiques. Il s’agit d’analyser les besoins spécifiques des jeunes concernés, comme la quête de repères face à des difficultés croissantes ou la mise à disposition d’offres accessibles lors d’un diagnostic précoce.

Que disent les différents acteurs ?

Dans le cadre de notre étude, nous avons mené des entretiens avec onze acteurs clés issus des domaines de l’école, de la pédagogie curative, de la formation professionnelle, de l’orientation professionnelle (CIP), du case management Formation professionnelle, des services sociaux, du conseil éducatif, de la psychiatrie juvénile, des centres de conseil et des entreprises formatrices ainsi qu’un représentant des parents. Ces entretiens offrent un aperçu des évaluations et des expériences des problèmes rencontrés lors de la transition entre l’école, la formation et le marché du travail. Bien que ces témoignages ne soient pas représentatifs, ils mettent en évidence des enjeux similaires dans différents domaines d’action ainsi qu’un important besoin d’orientation dans la pratique quotidienne.

Les entretiens montrent que les besoins de soutien des jeunes souffrant de troubles psychiques ou neurodéveloppementaux portent souvent sur plusieurs dimensions. En effet, les atteintes à la santé s’accompagnent souvent de ruptures scolaires, d’absentéisme, de difficultés d’apprentissage, de troubles du comportement ainsi que de facteurs de stress familiaux ou sociaux. Il en résulte des situations complexes, où l’accompagnement implique plusieurs acteurs.

Les transitions de l’école à la formation professionnelle initiale, puis de la formation professionnelle au marché du travail, sont à cet égard particulièrement sensibles. Ces étapes sont souvent marquées par un changement de responsabilités et la suppression de certains dispositifs d’accompagnement, alors que les jeunes doivent répondre à des exigences accrues en matière d’organisation personnelle, de performance et de fiabilité.

Les acteurs interrogés estiment que les offres spécifiques de l’AI et les offres complémentaires proposées dans le canton de Berne sont, dans l’ensemble, bien développées. Ils estiment toutefois qu’il y a un besoin d’amélioration au niveau des interfaces entre les différentes offres, notamment en ce qui concerne la répartition des compétences, la coordination entre les services concernés et la désignation des interlocuteurs. Les acteurs qui ont peu de contacts directs avec l’AI ont notamment besoin d’informations supplémentaires. En revanche, les contacts personnels, la transparence de l’information ainsi qu’une collaboration axée sur les solutions et les ressources sont perçus comme les principaux atouts de l’AI.

L’AI joue un rôle clé

En résumé, on peut affirmer que l’augmentation du nombre de demandes AI déposées par des adolescents et de jeunes adultes souffrant de troubles psychiques résulte d’une interaction complexe entre des facteurs individuels, sociétaux et diagnostiques. Parallèlement, certaines évolutions de la société, comme la pression croissante à la performance dans le système éducatif, les facteurs de stress numériques et les expériences de crise, ont de plus en plus d’impact sur le parcours des jeunes et peuvent exacerber leurs vulnérabilités, en particulier chez les jeunes présentant des troubles neurodéveloppementaux.

Les acteurs de terrain confirment que la combinaison de ces facteurs peut engendrer des situations complexes, souvent associées à des diagnostics multiples, à des comorbidités ou à des difficultés scolaires ou familiales. Parallèlement, même si l’offre est dans l’ensemble bien développée, sa fragmentation pose des défis qui compliquent une orientation claire et une utilisation efficace.

Dans ce contexte, l’une des missions essentielles de l’AI consiste à mettre en place des processus de soutien efficaces, accessibles et bien coordonnés. Les approches qui facilitent l’accès à l’AI, offrent une orientation dans un système complexe et assurent une coordination efficace semblent particulièrement prometteuses. Grâce à une information rapide, à une sensibilisation ciblée et à une meilleure coordination, les offices AI peuvent jouer un rôle stabilisateur et garantir, en collaboration avec des institutions partenaires, des processus de soutien coordonnés (voir encadré).

Moviia : une plateforme d’orientation et de conseil de l’office AI du canton de Berne

Les adolescents et les jeunes adultes souffrant de troubles psychiques ou neurodéveloppementaux sont souvent confrontés à des difficultés particulières lorsqu’ils entament une formation ou entrent dans la vie active. Pour une intégration réussie, il est essentiel que tous les acteurs concernés partagent une vision commune de la situation et que les services concernés et les personnes de référence se coordonnent rapidement. Dans cette phase délicate de la vie, un accompagnement précoce, personnalisé et fiable peut s’avérer déterminant.

« Moviia », la nouvelle offre de l’office AI du canton de Berne, propose un accès facile à l’information et aux conseils à l’intention des jeunes, de leur entourage et des professionnels. Les personnes concernées, leur entourage et les professionnels peuvent prendre contact via le nouveau site Internet moviia.ch, par téléphone ou par courriel, de manière anonyme s’ils le souhaitent. Le programme Moviia vise également à sensibiliser les établissements scolaires, les professionnels et les entreprises formatrices aux difficultés liées à des troubles de la santé, ainsi qu’aux possibilités et aux limites de l’AI. L’objectif est d’orienter les jeunes le plus tôt possible, de leur présenter les possibilités de soutien adaptées et d’éviter les détours inutiles dans le système d’aide.

Bibliographie

Bie, Fengsai et al. (2024). Rising global burden of anxiety disorders among adolescents and young adults: Trends, risk factors, and the impact of socioeconomic disparities and COVID-19 from 1990 to 2021. Frontiers in Psychiatry, 15, 1489427.

Brown, Tashalee R. et al. (2024). Co-occurring autism, ADHD, and gender dysphoria in children, adolescents, and young adults with eating disorders: An examination of pre- vs. post-COVID pandemic outbreak trends with real-time electronic health record data. Frontiers in Psychiatry, 15, 1402312.

Gondek, Dawid et al. (2024). The COVID-19 pandemic and wellbeing in Switzerland – worse for young people? Child and Adolescent Psychiatry and Mental dHealth, 18, 67.

Hinshaw, Stephen P. et al. (2022). Annual Research Review: Attention‑deficit/hyperactivity disorder in girls and women: underrepresentation, longitudinal processes, and key directions. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 63(4), 484–496.

Krokstad, Steinar et. al. (2022). Divergent decennial trends in mental health according to age reveal poorer mental health for young people: Repeated cross-sectional population-based surveys from the HUNT Study, Norway. BMJ Open, 12(5), e057654.

Mayerhofer, Doris et al. (2024). The Association between Problematic Smartphone Use and Mental Health in Austrian Adolescents and Young Adults. Healthcare, 12(6), 600.

OFAS (2026). AI : causes de l’augmentation du nombre de rentes.Fiche d’information dans le cadre de : réforme d’intégration AI

Pro Juventute (2026). Étude Pro Juventute sur la jeunesse 2026 : Gestion du stress, crises, utilisation des médias et résilience chez les jeunes et les jeunes adultes en Suisse. Étude réalisée sur mandat de Pro Juventute.

Tschanz, Christoph et al. (2026). Analyse des jeunes dans l’AI – Impulsions pour le développement. Rapport final à l’intention de l’Office AI Canton de Berne.

Zhang, Yutong et al. (2025). Global, regional and national burdens of major depression disorders and its attributable risk factors in adolescents and young adults aged 10–24 years from 1990 to 2021. BMC Psychiatry, 25(1), 399.

Dr phil., collaborateur scientifique, département Travail social, Haute école spécialisée bernoise
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Collaboratrice scientifique, département Travail social, Haute école spécialisée bernoise
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Collaborateur scientifique, département Travail social, Haute école spécialisée bernoise
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