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Faible natalité : le rôle de la politique familiale

Le taux de natalité historiquement bas en Suisse constitue un défi pour l’économie et les finances publiques. Les mesures de politique familiale peuvent influencer la tendance, mais leur impact reste limité.
Benjamin Lerch, Thomas Brändle, Martin Baur
  |  05 octobre 2026
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  • Démographie
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  • Politique sociale en général
En 2025, le taux de natalité en Suisse est inférieur à 1,3 enfant par femme. (Keystone)

En bref

  • Le faible taux de natalité sur la durée compromet l’offre de main-d’œuvre indigène, accélère le vieillissement de la population et alourdit la pression sur les budgets publics.
  • Le taux de natalité dépend de facteurs financiers et des moyens de concilier famille et travail, mais l’évolution de la société et l’apparition de nouveaux modes de vie entrent aussi en jeu.
  • Si les mesures de politique familiale peuvent contribuer à redresser la tendance, leur impact reste limité et temporaire.

En 2025, la Suisse comptait pour la première fois plus d’habitants à la retraite que de jeunes âgés de moins de 20 ans. Ce tournant démographique cache deux tendances à long terme : l’allongement de l’espérance de vie et un taux de natalité qui reste faible depuis des décennies.

Quels défis une natalité durablement faible pose-t-elle à l’économie et aux finances publiques ? Et quelle est l’influence de la politique familiale sur ce phénomène ? Sur la base de la littérature disponible, nous avons examiné ces questions dans le cadre d’une étude (Lerch et al. 2026).

Enjeux pour l’économie et les finances publiques

Mise à part la période du baby-boom, la Suisse enregistre une baisse sensible de la fécondité depuis la fin du 19e siècle (cf. figure). En 2024, le taux de natalité est passé pour la première fois sous la barre de 1,3 enfant par femme, soit nettement au-dessous du seuil de 2,1 enfants par femme qui permet le remplacement des générations (hors immigration).

Sur la durée, une faible natalité freine la croissance de la population active indigène et, par conséquent, celle de l’offre de main-d’œuvre. Il peut en résulter une pénurie aggravée de personnel qualifié avec le risque de compromettre à long terme le potentiel de croissance de l’économie nationale. Dans le même temps, un faible taux de natalité accélère le vieillissement de la population.

Cette évolution constitue également un défi pour les finances publiques dans la mesure où elle impacte aussi bien les recettes que les dépenses des budgets publics. Un ralentissement de la croissance économique enraye la progression des recettes fiscales et des cotisations aux assurances sociales. Parallèlement, le vieillissement de la population entraîne une augmentation des dépenses liées à la prévoyance vieillesse et à la santé. De quoi accroître la pression financière sur la Confédération, les cantons, les communes et les assurances sociales. Une faible natalité n’est donc pas uniquement une question démographique ou de politique familiale, mais représente aussi un enjeu pour la viabilité des finances publiques.

Causes du faible taux de natalité

Le recul du taux de natalité s’explique par l’âge croissant des parents au moment de la naissance d’un enfant et par la tendance au sein de la population à avoir moins d’enfants, voire à y renoncer complètement. De plus, le nombre effectif d’enfants mis au monde est souvent inférieur au nombre d’enfants initialement souhaité. Les causes de cette évolution sont multiples. Dans la littérature, on distingue essentiellement trois approches explicatives étroitement liées entre elles (cf. figure 2).

Faire des enfants peut apporter une grande satisfaction dans la vie et renforcer la cohésion sociale. Pour les parents, les enfants sont toutefois liés à des coûts directs, que ce soit pour la garde, le logement ou l’éducation, et indirects, généralement la perte de revenus due à une réduction de l’activité lucrative. Le contexte économique et institutionnel peut aussi influencer le désir d’avoir des enfants. Depuis l’avènement de l’État social et des systèmes de sécurité sociale, les enfants ont perdu leur ancien rôle de garantie économique. Les incertitudes quant à l’avenir économique et sociétal – crises économiques, pandémies, dérèglement climatique ou tensions géopolitiques – sont aussi susceptibles d’amener les jeunes générations à hésiter à fonder une famille.

Les possibilités de concilier vie familiale et vie professionnelle constituent aussi un facteur déterminant. En raison du coût relativement élevé et de l’offre à ce stade insuffisante des structures d’accueil institutionnelles, le recours à une solution de garde extrafamiliale est moins fréquent en Suisse que dans d’autres pays. La plupart du temps, les parents s’organisent au sein de la famille et cette tâche est toujours encore majoritairement assurée par les femmes. En comparaison internationale, le taux d’activité des mères en Suisse est élevé mais plus souvent avec un taux d’occupation limité : environ trois quarts des mères actives travaillent à temps partiel, contre seulement 15 % des pères.

La hausse du niveau de formation et la participation accrue des femmes au marché du travail soulignent encore l’importance de conditions permettant un bon équilibre entre famille et profession. À défaut d’une compatibilité suffisante à cet égard, les coûts d’opportunité liés à la parentalité augmentent, ce qui peut également influencer la décision d’avoir ou non des enfants, ou d’en avoir davantage.

Outre les facteurs financiers et institutionnels, les valeurs admises dans la société et les projets de vie jouent également un rôle important. L’épanouissement personnel et la flexibilité des modes vie ont supplanté les modèles de famille traditionnels. Les attentes à l’égard des parents sont aussi plus élevées et l’absence d’enfant est plutôt bien acceptée au sein de la société – quand bien même, dans l’imaginaire, la famille idéale compte encore deux enfants. La décision d’avoir des enfants ou plus d’enfants ne relève donc pas uniquement de considérations financières mais peut aussi se voir dictée par les évolutions de la société et de ses valeurs.

G2 : Facteurs d’influence sur le taux de natalité

En quoi la politique familiale influence le taux de natalité

À l’instar de la Suisse, bon nombre de pays ont développé une politique familiale qui vise à alléger la charge financière des familles et à faciliter la compatibilité entre famille et travail :  congé parental, allocations familiales, accueil extrafamilial institutionnel pour enfants et allègements fiscaux sont les principales mesures prises à ce titre. En règle générale, le relèvement du taux de natalité n’est pas une priorité dans ce cadre.

Politique familiale en Suisse

Dans notre pays, la politique familiale associe plusieurs domaines, tels que les assurances sociales, la politique fiscale, la formation ainsi que le marché du travail et l’égalité hommes-femmes. La compétence en la matière relève principalement des cantons et des communes, la Confédération jouant un rôle de soutien. Les principales mesures mises en place en Suisse comprennent le congé maternité de quatorze semaines et le congé accordé à l’autre parent de deux semaines, les allocations pour enfants et de formation professionnelle, le développement de l’accueil extrafamilial institutionnel pour enfants ainsi que les allègements fiscaux.

Selon les estimations de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Suisse a consacré en 2021 2,2 % de son produit intérieur brut (PIB) aux prestations en faveur des familles. Il s’agissait essentiellement des allocations familiales, suivies des allègements fiscaux pour les familles avec enfants ainsi que d’autres prestations telles que des subventions pour la garde d’enfants. Ces dépenses représentaient alors une part inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE, soit 2,3 % du PIB, et à celle des pays de l’UE, soit 2,7 % du PIB (OCDE 2026). Il convient toutefois d’interpréter les comparaisons internationales avec prudence dans la mesure où les dépenses dans les pays à structure fédérale comme la Suisse ont tendance à être sous-estimées.

Au cours des dernières années, plusieurs mesures de politique familiale ont été adoptées ou consolidées au niveau de la Confédération. La loi fédérale sur le soutien à l’accueil extrafamilial institutionnel pour enfants (LSAcc), qui devrait ainsi entrer en vigueur en 2029, prévoit l’introduction d’une nouvelle allocation de garde ainsi que des conventions-programmes entre la Confédération et les cantons visant à développer les structures institutionnelles de garde d’enfants. Les allocations familiales ont été adaptées au renchérissement en 2025, ce qui constitue une première depuis l’entrée en vigueur de la loi sur les allocations familiales en 2009. En 2023, la déduction maximale au titre des coûts pour la garde d’enfants en institution admise dans l’impôt fédéral direct a été portée de 10 000 à 25 800 francs. Le congé de deux semaines pour l’autre parent a été instauré en 2021. L’initiative pour un congé familial, lancée en 2025, réclame un congé de 18 semaines pour la mère et pour le père. Le congé parental fait aussi l’objet de débats actuellement au Parlement fédéral et dans les cantons.

Le tableau empirique montre que les mesures de politique familiale exercent une influence plutôt modérée et souvent temporaire sur le taux de natalité. Des études menées en Suisse constatent que certaines initiatives ont des effets plutôt positifs sur la natalité, en particulier une offre étendue de structure d’accueil extrafamilial pour enfants (Bonoli 2008), l’allocation de naissance unique (Chuard et Chuard-Keller 2021) ainsi que l’introduction d’un congé maternité de quatorze semaines.

Dans l’ensemble, la littérature suggère toutefois que le taux de natalité dépend davantage des évolutions sociétales, notamment des valeurs sociales et de la flexibilité des modes de vie, que de la politique familiale dont l’impact est limité (OCDE 2024).

Il conviendrait ainsi de soumettre les aides publiques à une analyse minutieuse afin d’évaluer leur efficacité ainsi que leurs coûts et leur utilité en politique économique. Il convient également de se demander si le relèvement du taux de natalité constitue en soi un objectif d’État. Il apparaît plus plausible de réduire au niveau individuel l’écart entre le nombre d’enfants souhaité et le nombre d’enfants effectivement mis au monde, de soutenir les familles financièrement et d’améliorer la compatibilité entre famille et travail ainsi que l’égalité dans la répartition entre activité professionnelle et travail domestique.

Composer avec une société vieillissante

Même si le taux de natalité venait à remonter, il faudrait environ deux décennies avant que les nouveau-nés entrent sur le marché du travail. Une politique économique, sociale et financière visionnaire doit donc composer avec une société vieillissante.

Il s’agit à cet égard de mieux exploiter le potentiel de main-d’œuvre indigène. On peut notamment envisager à cette fin de mieux concilier famille et travail ou formation, d’introduire des incitations fiscales ou de flexibiliser les modèles de travail. Cependant, une immigration axée sur le marché du travail et une forte croissance de la productivité restent des facteurs essentiels pour amortir les conséquences économiques dues à la croissance déclinante de l’offre de main-d’œuvre indigène sur fond de taux de natalité durablement faible.

Les réformes de la prévoyance vieillesse et du système de santé n’en deviennent que plus importantes si l’on veut garantir leur financement à long terme. Inciter à travailler plus longtemps et promouvoir le vieillissement en bonne santé peuvent contribuer à réduire la charge financière qui pèse sur la sécurité sociale tout en permettant de mieux exploiter le potentiel d’employabilité des personnes âgées. Il convient en outre de renforcer la résilience des systèmes fiscaux et de sécurité sociale face à l’évolution démographique.

Bibliographie

Bonoli, Giuliano (2008). The impact of social policy on fertility: Evidence from Switzerland. Journal of European Social Policy, 18(1), 64–77.

OFS (2026). Fécondité, consulté le 4 juin 2026.

Chuard, Caroline; Chuard-Keller, Patrick (2021). Baby bonus in Switzerland: Effects on fertility, newborn health, and birth-scheduling. Health Economics, 30(9), 2092–2123.

Girsberger, Esther Mirjam; Hassani-Nezhad, Lena; Karunanethy, Kalaivani; Lalive, Rafael (2023). Mothers at work: How mandating a short maternity leave affects work and fertility. Labour Economics, 84, 102364.

Lerch, Benjamin; Brändle, Thomas; Baur, Martin (2026). Niedrige Geburtenraten: Eine finanzpolitische Einordnung.

OCDE (2024). Society at a glance 2024: OECD social indicators. OECD Publishing, Paris.

OCDE (2026). Base de données de l’OCDE sur la famille. Base de données de l’OCDE sur la famille, consulté le 4 juin 2026.

Dr en sciences économiques, économiste, domaine Politique économique et monétaire, Administration fédérale des finances
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Dr en sciences économiques, responsable suppléant du domaine Politique économique et monétaire, Administration fédérale des finances
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Dr en sciences économiques, responsable du domaine Politique économique et monétaire, Administration fédérale des finances
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