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Pourquoi les mères gagnent moins que les pères

Les mères perçoivent des salaires nettement inférieurs à ceux des pères. Souvent évoqué, l’écart salarial entre les femmes et les hommes n’explique cependant qu’une partie de ce phénomène. Une nouvelle analyse du KOF montre qu’il existe d’autres facteurs déterminants, notamment l’activité professionnelle et le taux d’occupation des mères.
Justus Bamert
  |  04 septembre 2026
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Après la naissance de leur premier enfant, de nombreuses femmes réduisent leur temps de travail. (Keystone/mauritius images/SEBASTIAN ALMES)

En un coup d’œil

  • L’écart global de revenus du travail (Gender Overall Earnings Gap – GOEG) reflète l’ensemble des différences de revenus professionnels entre les mères et les pères ; en 2022, il s’élève à 54,6 %, soit un niveau nettement supérieur à l’écart salarial entre les sexes, qui est de 19,7 %.
  • Environ deux tiers des écarts de revenus entre les mères et les pères s’expliquent par des différences au niveau de la participation au marché du travail et de la charge de travail, notamment par le recours plus fréquent des mères au travail à temps partiel.
  • L’écart de revenus entre les mères et les pères a diminué depuis 2012.

De nombreux parents rencontrent des difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle. Ce problème est souvent lié aux questions d’égalité entre les femmes et les hommes, car la répartition de toutes les tâches en lien avec les enfants conditionne notamment l’égalité des chances entre la mère et le père en matière de carrière et de revenus.

Écart salarial entre hommes et femmes vs GOEG

L’Office fédéral de la statistique (OFS) calcule tous les deux ans l’écart salarial entre les femmes et les hommes (gender pay gap) qui met en évidence les différences de salaires entre les sexes (Conseil fédéral 2025). Étant souvent utilisé pour analyser l’ampleur des différences salariales entre les femmes et les hommes pour un travail comparable, cet indicateur se concentre sur les personnes actives et extrapole les salaires perçus à un emploi à plein temps. En revanche, il ne prend pas en considération deux aspects : la réduction du temps de travail de nombreuses femmes après la naissance d’un enfant, voire leur sortie du marché du travail.

En prenant en compte l’ensemble des femmes et des hommes, qu’ils exercent ou non une activité professionnelle, l’écart global de revenus du travail (gender overall earnings gap, GOEG) vient combler cette lacune, sans compter qu’il compare les revenus du travail réels sans les extrapoler à un emploi à plein temps.

L’OFS a calculé pour la première fois en 2025 l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes en se concentrant spécifiquement sur les parents (Conseil fédéral 2025). Par ailleurs, l’OFS calcule le COEG pour la Suisse depuis 2022, mais celui-ci ne distingue pas les parents des autres personnes (OFS 2022).

Écart global de revenus entre mères et pères

Une analyse menée par l’institut KOF évalue pour la première fois l’écart global de revenus du travail entre les mères et les pères, qu’elle compare à celui existant entre les femmes et les hommes.

L’analyse, qui englobe l’ensemble des femmes et des hommes âgés de 18 ans à 64 ans vivant en Suisse (les données datent de 2022), considère comme mères et pères les adultes vivant dans le même foyer qu’une ou plusieurs personnes mineures. Les données relatives aux revenus générés par une activité lucrative sont extraites des registres AVS. L’écart de rémunération entre les sexes est calculé à partir des données issues de l’Enquête suisse sur la structure des salaires (ESS) de l’OFS, qui recense les salaires mensuels bruts standardisés pour un emploi à plein temps. L’analyse porte sur un million de mères et un million de pères environ.

Si l’on considère l’écart salarial entre les femmes et les hommes parmi les personnes actives et que l’on extrapole les salaires à un plein temps, les mères gagnent 7202 francs par mois pour un emploi à plein temps, tandis que les pères perçoivent 8971 francs (en 2022). Cela représente un écart de 19,7% (voir graphique). Les analyses portant sur l’égalité salariale décomposent généralement ces écarts salariaux en une partie expliquée, qui repose sur des facteurs tels que la formation, la situation professionnelle ou le secteur d’activité, et une partie inexpliquée.

Le GOEG met en évidence un écart salarial beaucoup plus important : selon cet indicateur, le revenu professionnel des pères s’élève à 7497 francs par mois, tandis que celui des mères n’atteint que 3405 francs, soit un écart annuel de 49 000 francs environ. L’écart global de revenus du travail entre les sexes s’élève donc à 54,6%. En d’autres termes, les mères gagnent 54,6% de moins que le revenu annuel type d’un père. A l’échelle de l’ensemble de la population suisse, l’écart salarial entre les femmes et les hommes atteint environ 40%.

Le rôle déterminant du taux d’occupation

Si l’on compare l’écart salarial entre les femmes et les hommes et le GOEG, on constate que l’écart salarial lié au genre explique environ un tiers de l’écart global de revenu total entre les mères et les pères (19,7% des 54,6%). Les deux tiers restants sont en lien avec l’activité professionnelle des femmes et leur temps de travail.

Les mères exercent moins souvent une activité professionnelle que les pères (82% contre 93%). L’écart est encore plus marqué s’agissant du temps de travail : les pères travaillent généralement 41 heures par semaine, contre 25,2 heures pour les mères. Une analyse simple montre que ce sont principalement ces différences de taux d’occupation qui ont une influence sur le GOEG.

L’importance de l’activité professionnelle et du taux d’occupation se reflète également dans les valeurs absolues relatives aux revenus qui sont utilisées pour calculer les deux indicateurs. Étant donné que la quasi-totalité des pères exercent une activité professionnelle à plein temps, leur revenu retenu pour mesurer l’écart salarial entre les sexes ne diffère que très légèrement de celui utilisé pour calculer le GOEG. Ce n’est en revanche pas le cas du revenu médian des mères qui diminue de plus de la moitié, passant de 7202 francs à 3405 francs par mois.

Un recul depuis 2012, mais pas uniquement chez les parents

Comment les écarts de revenu ont-ils évolué au fil du temps ? Les données disponibles, qui permettent de calculer le GOEG spécifiquement pour les parents à partir de 2012, montrent que les écarts de revenu ont globalement diminué : alors qu’en 2012, les mères gagnaient encore 65,5% de moins que les pères, l’écart salarial s’élevait à 54,6% en 2022, soit un recul de 10,9 points de pourcentage.

Toutefois, le GOEG a également diminué au cours de la même période dans les ménages ne comptant pas de personnes mineures : il est passé de 35,5% en 2012 à 28,9% en 2022, soit une baisse de 6,6 points de pourcentage. L’évolution parallèle de ces deux indicateurs suggère que la réduction des écarts de revenu entre les parents ne s’explique pas seulement par une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, mais qu’elle reflète également, en partie, une évolution plus générale du marché du travail.

Le GOEG met en évidence une répartition des tâches familiales et professionnelles entre les mères et les pères très marquée en Suisse. Étant donné la forte participation des mères au marché du travail, l’écart salarial entre les mères et les pères s’explique principalement par le fait que les premières exercent plus souvent une activité à temps partiel que les seconds. Des travaux récents menés en économie montrent que les écarts de revenus entre les mères et les pères dépendent fortement du cadre, tel que l’offre et le coût des solutions de garde extra-familiales et les normes sociales. Une étude réalisée récemment en Suisse montre par ailleurs que de nombreuses mères sous-estiment les conséquences financières à long terme du travail à temps partiel, notamment en termes d’évolution de salaire et de montant de leur rente.

Cet article a été publié le 27 août 2026 dans la revue « La Vie économique ». Il respecte les directives rédactionnelles en vigueur dans cette revue. Les derniers chiffres de l’OFS concernant les écarts salariaux entre les sexes diffèrent de ceux mentionnés dans cet article, car ils se rapportent à l’année 2024 au lieu de 2022 et ont été calculés pour l’ensemble de la population active au lieu de se limiter aux seuls parents exerçant une activité professionnelle.

Bibliographie

Conseil fédéral (2025). Analyser en détail les causes de l’écart salarial entre hommes et femmes en fonction de l’état civil pour toutes les tranches d’âge.

Kleven H. ; Landais C. et Søgaard J. E. (2019). Children and gender inequality: Evidence from Denmark. American Economic Journal: Applied Economics, 11(4), 181-209.

Kleven H. ; Landais C. et Leite-Mariante G. (2025). The child penalty atlas. Review of Economic Studies, 92(5), 3174-3207.

OFS (2022). Inégalité salariale entre les femmes et les hommes. Saisir l’écart global de revenu du travail et d’autres indicateurs.

Olivetti C.; Pan J. et Petrongolo B. (2024). The evolution of gender in the labor market. Handbook of Labor Economics, 5, 619-677.

Doctorant en économie politique, Institut KOF, École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ)
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