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Réadaptation dans l’AI : les acteurs pourraient travailler plus étroitement ensemble

Lors de la réadaptation des personnes atteintes dans leur santé psychique, les offices AI collaborent avec les employeurs et les médecins. Une étude mandatée par l’Office fédéral des assurances sociales montre que la concertation pourrait être encore renforcée, notamment en ce qui concerne les connaissances spécialisées.
Tanja Kuhn, Niklas Baer, Christian Bolliger
  |  15 octobre 2026
    Recherche et statistique
  • Assurance-invalidité
  • Handicap
  • Réadaptation
  • travail
Les médecins, tels que les psychothérapeutes, ne sont souvent pas impliqués dans le processus de réadaptation. (Keystone)

En un coup d’œil

  • Les offices AI, les employeurs et les médecins collaborent généralement ensemble ; par souci de ne pas surmener la personne assurée, les programmes de réadaptation ont cependant tendance à être trop peu spécifiques.
  • Dans la pratique, les médecins ne sont associés que de façon limitée au processus ; ils sont par exemple nettement moins souvent invités aux tables rondes que les employeurs.
  • La gestion des cas des offices AI se concentre généralement sur la coordination entre toutes les personnes impliquées, avec peu d’apports spécialisés, ce qui, dans les faits, revient à en déléguer la responsabilité aux autres acteurs.

La réadaptation professionnelle des personnes atteintes de maladies psychiques repose sur trois acteurs clés, en plus des assurés eux-mêmes : les offices AI, les employeurs et les médecins. Quelle forme prend cette collaboration ? Est-elle superficielle ou approfondie ? Dans quelle mesure débouche-t-elle sur une conception partagée du problème et de la réadaptation ? Et qui pilote le processus ? Nous avons cherché à répondre à ces questions dans une étude mandatée par l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) (Bolliger et al. 2026).

Nous nous sommes intéressés pour la première fois à la collaboration trilatérale, à savoir les interactions directes entre les trois partenaires. Nous avons évalué cette collaboration sur le plan quantitatif et qualitatif en analysant les bases légales et les directives de l’OFAS, les documents de travail des offices AI, les dossiers des personnes assurées et les résultats d’ateliers avec les acteurs mentionnés. Nous nous sommes limités ce faisant aux cas dans lesquels une mesure avait été mise en œuvre sur le marché primaire du travail.

Réalité de la collaboration

Les résultats montrent que les offices AI, les employeurs et les médecins travaillent généralement ensemble et échangent entre eux. Mais l’intensité de cette collaboration est variable. Les offices AI ont souvent recours à la « table ronde », un entretien de concertation réunissant si possible tous les acteurs impliqués. Il existe également dans la plupart des cas des conventions d’objectifs pour les mesures prises sur le marché primaire du travail.

Les acteurs sont en relation via des échanges bilatéraux ; ils consignent par écrit les arrangements importants auxquels ils s’engagent. Ils posent ainsi les bases d’une compréhension partagée du problème et de l’objectif, ce qui accroît les chances de succès de la réadaptation.

Les médecins ne sont pas suffisamment impliqués

Le degré d’implication n’est toutefois pas identique pour tous les acteurs. Il est fréquent que les médecins, en particulier, ne soient pas suffisamment associés à la réadaptation. Dans la pratique, les offices AI ont rarement un contact direct avec eux au-delà de la demande de rapport médical. Les médecins participent nettement moins souvent aux tables rondes que les employeurs (cf. graphique).

Cela n’est pas uniquement de leur fait. Dans de nombreux cas, les offices AI n’essaient même pas de les convaincre d’être présents. Les spécialistes de la réadaptation partent souvent du principe que les médecins n’ont ni le temps ni la motivation de s’impliquer dans le processus de réadaptation au-delà de la rédaction de rapports. Cette non-prise en compte systématique des médecins se constate par exemple dans les instructions de travail des offices AI, les modèles de conventions d’objectifs pour les mesures de réadaptation ne prévoyant pas leur signature.

Les programmes de réadaptation fondés sur des connaissances spécialisées sont l’exception

Selon les bases légales, l’office AI est en charge de planifier la réadaptation. De nouvelles dispositions introduites dans le cadre du développement continu de l’AI (voir art. 41 a RAI et OFAS 2022) renforcent encore le rôle actif du gestionnaire de cas. Dorénavant, cette gestion inclut l’état des lieux, la planification de la procédure ultérieure, le suivi et la surveillance des mesures ainsi que la coordination des acteurs impliqués dans la réadaptation.

Les dossiers analysés montrent cependant que la gestion des cas se cantonne généralement aux tâches administratives et à la coordination. Il est rare qu’on y trouve un plan de réadaptation fondé sur des connaissances spécialisées, ne serait-ce que sous forme de mots-clés.

Des job-coaches externes sont souvent chargés de piloter le processus. Les informations documentées qui concernent les employeurs et les médecins sont généralement obtenues par leur entremise. Ils font activement part de leurs appréciations et de leurs idées, et celles-ci sont souvent reprises telles quelles par les offices AI.

Les offices AI délèguent donc beaucoup de responsabilités aux job-coaches mais attendent aussi que les employeurs et les médecins prennent l’initiative de collaborer avec eux.

En conséquence, bien que la collaboration décrite ci-dessus fonctionne, elle reste cantonnée à un niveau de compréhension superficiel autour du plus petit dénominateur commun, au détriment des aspects faisant appel à des connaissances spécialisées plus approfondies. La plupart du temps, les trois acteurs de la réadaptation conviennent surtout que la reprise doit s’effectuer lentement et en douceur, sans prendre suffisamment en compte la situation individuelle de la personne assurée (ressources, limitations, contexte de travail, etc.) dans leurs réflexions.

Cette manière de procéder est essentiellement due aux incertitudes des participants et à un souci de « ménager » préventivement la personne assurée : les médecins ne veulent pas risquer de la surmener ; ils assument une position conservatrice et plaident pour une réadaptation prudente. Les employeurs ne sont pas certains de ce qu’ils sont en droit d’attendre de la personne assurée et quelles tâches ils peuvent lui confier. Ils ne veulent pas faire d’erreurs et être responsables d’une péjoration de son état de santé.

Si l’office AI n’intervient pas par le biais des spécialistes de la réadaptation et du service médical régional (SMR) pour apporter des connaissances fondées, rectifier et encourager, le processus de réadaptation a tendance à se conformer aux étapes standardisées communément admises, acceptables sans peine par tous les participants, par exemple l’augmentation courante du taux d’activité de 10 à 20 % par mois. Il n’est pas certain que ce taux de progression soit toujours judicieux dans les cas concrets ; il peut même s’avérer contre-productif quand il met à rude épreuve la patience de l’environnement de travail. Les dossiers de l’AI n’indiquent généralement pas ce qui a motivé une telle manière de procéder dans une situation individuelle.

Il ne suffit pas d’être accord

Dans la plupart des cas, une collaboration entre les acteurs impliqués est certes nécessaire, mais elle ne garantit pas à elle seule le succès de la réadaptation : il ne suffit pas de se mettre d’accord à un niveau superficiel si les enjeux n’ont pas été clairement définis. Nos analyses montrent que la collaboration ne s’appuie pas toujours sur une réflexion fondée et interdisciplinaire. Les acteurs font preuve d’engagement dans leur travail, mais il est rare qu’une base de connaissances spécialisées ait été documentée à cette fin sous la forme d’un plan de réadaptation établi en fonction du cas.

Cette façon de faire ne rend pas justice à la diversité du champ disciplinaire de la psychiatrie : il est étonnant que la même stratégie de réadaptation (augmentation très progressive, souci d’éviter tout surmenage à la personne assurée) soit si souvent appliquée à des cas où il existe une maladie psychique sous-jacente.

Or ce type de maladie entraîne des limitations fonctionnelles variables selon les individus. Il convient d’adapter le poste de travail en conséquence et d’aborder cet aspect dans le traitement. Il y a ici un potentiel pour professionnaliser encore davantage la réadaptation des personnes atteintes de maladies psychiques.

Un premier pas a déjà été fait dans la bonne direction : les acteurs sont convaincus de l’importance d’une collaboration interdisciplinaire entre l’assurance, la médecine et le monde du travail et c’est ainsi qu’ils la vivent. Une prochaine étape cruciale serait de renforcer la qualité du contenu de cette collaboration. Cela passe par des plans de réadaptation fondés sur des connaissances scientifiques et élaborés de façon concertée entre les trois acteurs principaux et la personne concernée.

Bibliographie

Bolliger, Christian; Kuhn, Tanja; Baer, Niklas (2026). Évaluation de la collaboration entre offices AI, corps médical et employeurs dans le cas des maladies psychiques ; étude sur mandat de l’OFAS. Aspects de la sécurité sociale. Rapport de recherche no 10/26

OFAS (2022). Circulaire sur la gestion des cas dans l’assurance-invalidité CGC (état au 1er juillet 2024).

Psychologue, responsable de l’équipe psychologique, WorkMed
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Psychologue, responsable scientifique, WorkMed
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Politologue, chef de projet, Bureau Vatter – Analyses en politiques publiques
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