En un coup d’œil
- L’assurance-invalidité (AI) constitue la base de la protection sociale des familles ayant des enfants en situation de handicap.
- Alors que la plupart des frais directement liés au handicap sont généralement couverts, les pertes de revenus professionnels liés à cette situation – résultant par exemple des tâches liées à la prise en charge, aux soins, à la surveillance ou à la coordination – ne peuvent guère être évitées et ne sont que partiellement compensées.
- Une protection adaptée aux besoins nécessite une combinaison de prestations financières et d’offres de prise en charge et de décharge adéquates.
Le quotidien des familles ayant un enfant en situation de handicap est exigeant : il faut coordonner la prise en charge, les soins, les thérapies, l’école, l’activité professionnelle et les tâches administratives.
Dans une étude commandée par l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), nous avons examiné de quelle protection sociale bénéficient ces familles (Guggisberg et al. 2026). L’analyse se concentre non seulement sur la couverture des dépenses, mais aussi sur l’articulation des prestations en espèces, des prestations en nature, des offres de prise en charge et de décharge, du conseil et de la coordination.
Sur le plan méthodologique, l’étude se fonde sur une analyse de la littérature et de la documentation, des entretiens avec des professionnels, une enquête menée auprès des cantons, une enquête représentative en ligne auprès de familles comptant au moins un enfant qui bénéficie d’une allocation pour impotent, ainsi que sur des données appariées issues de registres concernant les revenus, l’aide sociale et les prestations complémentaires.
Les pertes de revenus entraînent également des coûts
Dans la présente étude, le terme « coûts liés au handicap » est utilisé comme terme générique. Il désigne d’abord les surcoûts directs liés au handicap pris en charge par les parents, par exemple pour des thérapies, des moyens auxiliaires, le transport, la prise en charge ou des services de décharge.
Mais les coûts liés au handicap englobent également les pertes de revenus professionnels qui découlent indirectement de cette situation. Ces pertes de revenus surviennent lorsque les parents réduisent leur temps de travail ou renoncent à l’augmenter pour assumer des tâches de prise en charge, de soins, de surveillance ou de coordination.
Cette distinction est essentielle : alors que les frais supplémentaires directement liés au handicap sont en principe largement couverts par des prestations financières, le désavantage financier restant est principalement dû aux pertes de revenus liées au handicap.
L’AI contribue à stabiliser la situation
La protection sociale des familles ayant des enfants en situation de handicap repose essentiellement sur l’assurance-invalidité (AI). L’allocation pour impotent, le supplément pour soins intenses, la contribution d’assistance, ainsi que les mesures médicales et les moyens auxiliaires sont d’importantes prestations de cette assurance.
L’allocation pour impotent et le supplément pour soins intenses suivent une approche basée sur les besoins : le montant de l’allocation pour impotent augmente en fonction du degré d’impotence et celui du supplément pour soins intenses, en fonction de l’intensité des soins requis.
Comme le montre l’enquête en ligne, les familles concernées considèrent que ces trois prestations sont d’une aide précieuse. Ces prestations contribuent au financement des dépenses supplémentaires, compensent en partie les pertes de revenus découlant d’une réduction du taux d’occupation et permettent de mieux gérer le quotidien.
L’AI apporte ainsi une contribution essentielle à la protection sociale, sans toutefois compenser entièrement les charges liées au handicap. Pour l’ensemble des ménages examinés, celles-ci excèdent en moyenne de 15 100 francs par année les prestations financières perçues. Ce manque à gagner est principalement dû aux pertes de revenus professionnels liées au handicap.
Les frais directs augmentent avec l’intensité du soutien
Parmi les familles interrogées, 87 % doivent faire face à des frais supplémentaires directement liés au handicap dans au moins un poste. Les dépenses à leur charge concernent notamment les prestations médicales et thérapeutiques, l’accueil extrafamilial, les moyens auxiliaires, les transports, les services de décharge à court terme, les soins et les prestations d’aide, ainsi que le logement, la mobilité, les vacances et les loisirs. Pour les familles concernées, la médiane de ces dépenses s’élève à environ 6700 francs par an et la moyenne à quelque 14 300 francs.
Plus l’intensité du soutien lié au handicap est importante, plus la probabilité de frais supplémentaires et leur montant sont élevés. C’est clairement le cas pour les services de décharge, les moyens auxiliaires, les transports et la mobilité, les frais de loyer, les travaux d’aménagement ainsi que les frais de vacances et de loisirs.
Pertes de revenus professionnels liées au handicap
Les ménages ayant des enfants en situation de handicap présentent un taux d’occupation global inférieur à celui des autres ménages. Dans les familles composées d’un couple et d’au moins un enfant en situation de handicap, ce taux s’élève en moyenne à 124 %, contre 143 % pour les familles sans enfant en situation de handicap.
Dans les ménages monoparentaux avec au moins un enfant en situation de handicap, le taux d’occupation s’élève à 40 %, contre 66 % pour les autres ménages monoparentaux. Pour l’ensemble des ménages, cette situation se traduit par des pertes de revenus professionnels moyennes de 23 400 francs par an.
Ces pertes de revenus sont l’une des principales raisons pour lesquelles les familles ayant des enfants en situation de handicap se trouvent dans une situation financière plus précaire. Elles doivent en effet supporter des coûts supplémentaires alors qu’elles disposent de revenus professionnels moins élevés. 76 % des familles déclarent avoir réduit leur taux d’occupation ou ne pas l’avoir augmenté en raison du handicap de leur enfant, et 62 % indiquent avoir renoncé à postuler pour des postes mieux rémunérés.
Certes, après la naissance de leur premier enfant, les revenus professionnels de toutes les mères diminuent dans un premier temps de manière significative. Cependant, chez les mères ayant un enfant en situation de handicap, ces revenus diminuent jusqu’à la sixième année suivant la naissance, alors que ce n’est le cas que jusqu’à la troisième année pour les mères sans enfant en situation de handicap. Même dix ans après la naissance, le revenu professionnel des mères ayant un enfant en situation de handicap reste inférieur de 50 % à son niveau antérieur. Chez les pères ayant un enfant en situation de handicap, l’augmentation des revenus est plus lente que chez les pères sans enfant en situation de handicap.
Ces désavantages se reflètent également dans le domaine de la protection sociale. Les ménages ayant des enfants en situation de handicap ont plus souvent recours à l’aide sociale que les autres. Par ailleurs, les parents ayant un enfant adulte en situation de handicap et ayant atteint l’âge de la retraite perçoivent plus souvent des prestations complémentaires à l’AVS que les autres.
Des offres adaptées dans le cadre de la protection sociale
La protection sociale ne dépend pas uniquement des prestations financières. Il est tout aussi important de savoir s’il existe des offres adaptées, finançables et coordonnées en matière de prise en charge, de décharge, de conseil, de transport et d’éducation. En effet, les familles concernées ont grand besoin d’aide au quotidien : 91 % des enfants bénéficiant d’une allocation pour impotent dans les familles interrogées ont besoin d’aide pour accomplir les actes ordinaires de la vie. Près de la moitié ont besoin de soins médicaux ainsi que d’une garde de jour comme de nuit. 40 % nécessitent une surveillance active pendant la journée en raison de leur handicap.
La prise en charge et les soins sont principalement assurés par les parents. Les trois quarts des familles ne font appel à aucune aide extérieure. Parallèlement, 43 % des familles expriment le besoin d’un soutien supplémentaire pour la prise en charge et les soins à domicile. Or, les services professionnels d’aide sont nettement moins sollicités que les réseaux informels (proches, entourage). Par ailleurs, lorsque l’intensité du soutien est plus élevée, comme pour les enfants atteints d’un trouble du spectre de l’autisme (TSA) ou pour les familles monoparentales, les offres de décharge existantes sont plus souvent jugées insuffisantes.
Des lacunes existent également au niveau de l’accueil extrafamilial institutionnel : à l’âge préscolaire, les besoins non satisfaits des familles ayant des enfants en situation de handicap sont nettement plus élevés que ceux des autres familles. Les principales raisons invoquées sont le manque d’offres adéquates et les contraintes financières. À l’âge scolaire, il apparaît que 40 % des enfants bénéficiant d’une allocation pour impotent et scolarisés ne fréquentent aucune offre d’accueil extrafamilial. Là encore, les familles invoquent l’inadéquation des offres, les obstacles financiers et l’insuffisance des places disponibles pour expliquer ces besoins non satisfaits.
Importantes disparités entre les cantons
En complément des prestations de l’AI, 9 % des familles interrogées perçoivent des prestations financières cantonales et communales ponctuelles. Alors qu’un tel soutien peut s’avérer déterminant pour les familles concernées, seule une minorité d’entre elles en bénéficie.
L’enquête menée auprès des cantons met en évidence de grandes disparités. Elle révèle que les prestations proposées, les modalités de financement, les conditions d’accès et les formes de coordination avec les prestations de l’AI varient considérablement. Certains cantons financent des organisations, tandis que d’autres versent des aides directement aux familles. Les prestations cantonales et communales ne constituent donc pas une protection complémentaire uniforme.
Cette hétérogénéité est ambivalente. D’une part, elle permet de s’adapter aux spécificités locales, mais d’autre part, elle a pour conséquence que des besoins comparables ne donnent pas nécessairement lieu à un soutien comparable.
Des offres adaptées sont nécessaires
La protection sociale n’a pas les mêmes effets pour toutes les familles. Les difficultés concernent surtout les familles ayant un ou plusieurs enfants atteints de TSA, les familles monoparentales et celles dont les besoins en matière de prise en charge sont particulièrement élevés.
Les familles ayant des enfants atteints de TSA soulignent plus souvent l’inadéquation des offres. Celles-ci sont non seulement trop rares ou trop onéreuses, mais aussi difficilement utilisables au quotidien. De plus, à prestations égales, les pertes de revenus professionnels liées au handicap sont plus importantes que pour les familles sans enfant atteint de TSA.
Les familles monoparentales sont elles aussi particulièrement mises à rude épreuve, car tout repose sur une seule personne : la garde des enfants, l’activité professionnelle, l’organisation et les responsabilités financières. Les pertes de revenus sont plus importantes que pour les couples. On observe aussi plus fréquemment des difficultés financières, l’absence de décharge et un certain isolement social.
Certes, les prestations de l’AI peuvent augmenter nettement pour les familles dont les besoins en matière de prise en charge sont particulièrement élevés. Toutefois, si l’on tient compte des pertes de revenus liées au handicap, il reste un manque à gagner important. Ce dernier ne reflète pas nécessairement une lacune de financement des frais directs, mais résulte principalement du fait que les pertes de revenus liées au handicap ne peuvent pas être entièrement évitées ou compensées. Un autre obstacle est que lorsque les besoins sont importants, ce ne sont pas tant les coûts des prestations qui posent problème, mais plutôt le manque d’offres adéquates, la pénurie de personnel et les problèmes de coordination.
Interaction entre les mesures
En résumé, on peut dire que la protection sociale des familles ayant des enfants en situation de handicap est garantie pour les éléments fondamentaux, mais qu’elle reste globalement incomplète. L’AI apporte une contribution essentielle à cette protection. Toutefois, dans l’ensemble, le système de prise en charge ne parvient pas à compenser durablement les désavantages par rapport aux familles avec enfants sans handicap.
Le potentiel d’amélioration ne réside donc pas principalement dans l’adaptation isolée de certaines prestations, mais dans une meilleure coordination du système de soutien. Cinq champs d’action étroitement liés sont particulièrement importants :
- les services de décharge pour les parents et de prise en charge des enfants à domicile et en dehors du foyer ;
- l’accueil extrafamilial institutionnel des enfants avant la scolarité, pendant celle-ci et pendant les vacances ;
- la conciliation entre activité professionnelle et prise en charge des enfants ;
- les prestations et mesures visant à éviter les pertes de revenus et à garantir le taux d’occupation des parents ;
- la coordination, l’accès et la transparence du système de soutien.
Une offre plus large ne suffit pas à elle seule si les prestations ne sont pas adaptées aux besoins concrets, si elles ne sont pas finançables ou si leur accès est compliqué sur le plan administratif. Pour répondre aux besoins, le développement devrait donc prendre en compte la sécurité financière, les prestations de prise en charge et de décharge, le conseil et la coordination. Il est essentiel de déterminer si les prestations ont réellement un effet synergique dans le quotidien des familles.
Bibliographie
Guggisberg, Jürg ; Bannwart, Livia ; Liechti, Lena ; Heusser, Caroline ; Kaderli, Tabea ; Sommerhalder, Micha (2026). Familien mit Kind(ern) mit Behinderung. Deckung der behinderungsbedingten Kosten. Étude commandée par l’OFAS. Aspects de la sécurité sociale : rapport de recherche no 11/26.