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AVS 21 : qui profite de la flexibilisation ?

Depuis début 2024, les assurés peuvent percevoir leur rente AVS de manière plus flexible. De plus, l’âge de référence pour les femmes est progressivement relevé à 65 ans. Les analyses de l’Office fédéral des assurances sociales révèlent que l’anticipation mensuelle – plutôt qu’annuelle – de la rente est particulièrement prisée des femmes de la génération transitoire.
Luca Moretti
  |  26 mai 2026
    Droit et politiqueRecherche et statistique
  • Assurance-vieillesse et survivants
Jusqu’à présent, ce sont surtout des femmes qui ont eu recours à l’anticipation de leur rente AVS sur une base mensuelle. Groupe de cyclistes, membres de Pro Senectute, en balade dans le canton de Berne. (Keystone)

En un coup d’œil

  • À la fin de l’année 2025, 19 300 femmes et 4500 hommes avaient fait usage de la possibilité de fixer une durée d’anticipation de leur rente AVS sur une base mensuelle.
  • Seules 900 personnes avaient opté pour un ajournement partiel ou une anticipation partielle de leur rente AVS.
  • Des comparaisons significatives entre les différentes volées de retraités ne seront possibles que dans les années à venir, lorsque davantage de données seront disponibles.

La réforme AVS 21 entrée en vigueur début 2024 a apporté davantage de flexibilité aux assurés : auparavant, un seul mode d’anticipation était autorisé : le versement de la rente 12 ou 24 mois avant l’âge de référence.

Depuis janvier 2024, les assurés peuvent demander l’anticipation du versement de leur rente de vieillesse d’un certain nombre de mois (par ex. de 16 mois ou de 5 mois) et non plus d’années. Leur rente est alors réduite d’un pourcentage qui tient compte du nombre de mois séparant la date de l’anticipation et l’âge de référence (voir Sauvain 2023). Il est en outre possible de n’anticiper ou de n’ajourner le versement de la rente que partiellement (entre 20 et 80 %).

Nous examinerons plus loin dans quelle mesure ces options sont utilisées. D’autres assouplissements introduits par AVS 21 – notamment dans la prévoyance professionnelle – ne seront pas abordés ici (voir Sauvain 2023).

À la suite de la réforme AVS 21, l’âge de référence est désormais de 65 ans pour chacun des deux sexes. Pour les femmes, l’âge de référence est en cours de relèvement échelonné ; il s’appliquera pleinement à partir de la génération née en 1964. Des dispositions particulières, conçues à titre de mesures de compensation, s’appliquent aux femmes appartenant à la génération dite transitoire (nées entre 1961 et 1969).

Usage des nouvelles possibilités d’anticipation

L’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) dispose aujourd’hui de données sur les nouvelles possibilités d’anticipation pour les années 2024 et 2025. Dans l’interprétation des chiffres, il faut avoir à l’esprit que, pour l’instant, la période d’évaluation porte seulement sur deux ans. À ce jour, il n’a d’ailleurs pas encore été possible d’observer une volée d’assurés sur toute la durée de l’anticipation.

Pour les années 2024 et 2025, la flexibilisation mensuelle des possibilités d’anticipation diffère selon l’année de naissance de l’assuré : comme les hommes nés en 1959, par exemple, ont atteint 65 ans l’année de l’introduction de la réforme AVS 21, ils ne pouvaient de facto plus percevoir leur rente de vieillesse de manière anticipée sur une base mensuelle que jusqu’à leur 65e anniversaire. Les hommes nés en 1962 ont eu 63 ans en 2025 ; ils ont donc pu anticiper le versement de leur rente AVS sur une base mensuelle et non annuelle dès leur 63e anniversaire.

Il y a également eu des différences au sein d’une même volée de retraités. Par exemple, les hommes nés en janvier 1962 pouvaient potentiellement anticiper le versement de leur rente dès février 2025, alors que ceux qui sont nés en décembre de la même année n’ont pu l’anticiper qu’à partir de janvier 2026. Ainsi, le calcul des taux de recours aux nouvelles modalités de perception de la rente pour cette volée de futurs retraités reste peu significatif, puisque les personnes nées en décembre n’apparaîtront dans la base de données qu’en 2026.

Chez les femmes, l’interprétation est encore plus compliquée en raison de l’augmentation progressive de l’âge de référence : les femmes nées en 1961 ont un âge de référence de 64 ans et 3 mois, celles nées en 1962, de 64 ans et 6 mois, et celles nées en 1963, de 64 ans et 9 mois.

Avant l’introduction de la réforme AVS 21, environ 10 % des assurés demandaient l’anticipation de leur rente AVS. Par exemple, sur les quelque 70 000 hommes nés en 1958, environ 8100 y ont eu recours (12 %). Parmi les 67 600 femmes nées en 1959, 6400 (10 %) étaient dans le même cas. Les taux étaient comparables les années précédentes (voir graphique 1).

Plus de femmes optent pour l’anticipation mensuelle

À la fin de l’année 2025, 19 300 femmes et 4500 hommes avaient opté pour l’anticipation mensuelle de leur rente AVS. Pour les femmes concernées par l’augmentation de l’âge de référence, l’anticipation à 62 ou 63 ans est également considérée comme une anticipation mensuelle, puisqu’elle ne correspond – exactement – ni à 12, ni à 24 mois. Les femmes nées entre 1961 et 1963 préfèrent, comme auparavant, toucher leur rente de vieillesse à précisément 62 ou 63 ans.

Chez les hommes, 1600 d’entre eux nés en 1960 ont à ce jour eu recours à l’anticipation mensuelle, contre 1900 parmi ceux qui sont nés en 1961.

Versement anticipé partiel peu fréquent

Depuis 2024, les assurés AVS ont la possibilité d’anticiper partiellement leur rente, et ce, qu’ils continuent ou non à exercer une activité professionnelle. Ils peuvent donc, par exemple, réduire leur temps de travail et compenser le revenu perdu en percevant une partie seulement de leur rente AVS. Seule contrainte de la rente partielle : le plus petit pourcentage de rente admis est de 20 % et le plus grand de 80 %.

L’anticipation partielle a été nettement moins demandée que l’anticipation complète. Fin 2025, un total de 600 personnes avaient choisi cette option. En moyenne, le versement anticipé partiel représentait 61 % de la rente de vieillesse.

Ajournement de cinq ans

Comme auparavant, les assurés peuvent ajourner le versement de leur rente AVS jusqu’à cinq ans au maximum après l’âge de référence. La rente doit alors être reportée d’au moins un an, après quoi elle peut être perçue, comme en cas d’anticipation, à n’importe quel moment de l’année. La rente est alors augmentée selon un taux déterminé par le nombre de mois (soixante au plus) séparant l’âge de référence et la date de perception effective.

Avant la réforme AVS 21, environ 4 % des assurés choisissaient un ajournement. Parmi les personnes nées en 1958, par exemple, environ 2600 femmes et 2500 hommes ont opté pour un ajournement, la proportion d’ajournements ayant augmenté de manière constante au fil du temps (voir graphique 2).

L’ajournement partiel admis à la suite de la réforme AVS 21, en revanche, a été nettement moins utilisé : fin 2025, 311 personnes au total l’avaient demandé. En moyenne, ces assurés ont ajourné la moitié de leur rente.

Anticipation sur une base mensuelle : un besoin

Les chiffres publiés laissent apparaître que la flexibilisation de la rente AVS satisfait un besoin des assurés, remplissant ainsi un objectif crucial de la réforme. L’anticipation sur une base mensuelle est toutefois nettement plus prisé des femmes, entre autres par souhait de toucher leur rente précisément à 62 ou 63 ans, en dépit du relèvement de l’âge de référence. Seul un petit groupe de chaque sexe a choisi l’anticipation ou l’ajournement partiel.

Des analyses plus pertinentes ne seront possibles que dans quelques années, lorsque les données de plusieurs années complètes seront disponibles.

Les données utilisées ici proviennent de la Statistique de l’AVS

Bibliographie

Sauvain, Mélanie (2023). Entre le travail et la retraite : plus grande flexibilité dès 2024. Sécurité sociale CHSS, 21 novembre.

Collaborateur scientifique, Secteur, Données de base et analyses, Office fédéral des assurances sociales (OFAS)
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